vendredi 31 janvier 2014

Clichés touristiques

/Un jour le voyage s'achève. Nos bicyclettes, le mot vélo n'ayant pas cours en Amérique du Sud, se sont montrées vaillantes et n'ont pas démérité mais al fin d'El mundo, elles aspirent à un repos espéré et attendu.

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Il reste un peu de temps avant le retour dans notre Jura qu'on espère enneigé, alors nous allons nous défaire de nos peaux de voyageurs pour endosser les oripeaux des touristes, sacs à dos, appareils photos en bandoulière, sourires conquérants , nonchalance étudiée.

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El fin d'El mundo, Ushuaia, ici le bout du monde se décline partout presque jusqu'à l'écoeurement. Pas de risque de se lever en ayant oublié où on s'est endormi la veille! Chaque coin de rue, bistros et restos, boutiques à gadgets, nous le rappellent. L'Argentine s'est emparé du concept bout du monde pour surfer sur la vague du tourisme. Il reste cependant la magie du lieu, une baie à l'abri du vent patagonien, bordée de montagnes enneigées, le canal de Beagle, vaste cimetière de bateaux, les îles avec les colonies de cormorans et de lions de mer, le phare des éclaireurs cher à Jules Verne, le souvenir de toutes les grandes expéditions scientifiques en partance pour l'Antarctique.

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Et de l'autre côté encore une autre grande île, Navarino, territoire chilien. De son port, Puerto William, le vrai bout du monde celui- là, les militaires chiliens étirent leurs journées, scrutant le canal pour faire face aux éventuels envahisseurs. Ça ne rigole pas avec la notion de frontière, les sentiments nationalistes sont chatouilleux. C'est comme pour les Malvinas, les Malouines, il ne faut pas dire Falkland. De nombreux monuments honorent le souvenir des soldats argentins sacrifiés pendant cette guerre avec le Royaume Uni. A l'époque, cette guerre a été un formidable prétexte pour les militaires afin de faire oublier les horreurs commises et réunir un peuple derrière une grandecause. L'Argentine connait de nouveau une grave crise économique et il se chuchote que la dueña, la presidente Cristina, se laisserait tenter à raviver le conflit, espėrant sans doute que les argentins se lèveront tous comme un seul homme pour en découdre avec les anglais et oublier l'inflation galopante. Du pain et des jeux, l'expression est toujours d'actualité.

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Le foot est roi. Tous les jours on nous demande le nom de notre ville pour savoir si il s'y trouve une équipe connue! Ce n'est pas le cas, alors on nous plaint...

A Buenos Aires, il y la place de mai, tristement célèbre pour ses mères puis ses grands mères, qui tous les jeudis, le lange des bébés sur la tête, ont tourné et tournent encore pour réclamer vérité et justice pour leurs enfants assassinés et leurs petits enfants volės. La place de mai, lieu et symbole des luttes , défiant tous les pouvoirs réunis autour d'elles. P1210169-272416466.JPG

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A Buenos Aires, dans le quartier de La Boca, il y a la queue pour visiter le stade mythique. Mais tous n'ont pas accès au pain. Les prix flambent, l'économie parallèle est en plein essor, le dollar s'échange soit disant au noir mais de manière tout à fait visible, on lit dans les quotidiens le coût du change officiel mais aussi le coût officieux.... IMG_20140201_234007-272416466.jpg

A Buenos Aires, beaucoup de gens dorment dans la rue. Nous voyons des cartoneros, poussant de lourds caddies, chargés de cartons et matériels divers à recycler qui fouillent inlassablement les poubelles. IMG_20140201_234243-272416466.jpg

:-) A Buenos Aires, nous avons déambulé dans des quartiers magnifiques, copiant Paris et ses immeubles classiques. Tout nous rappelle la splendeur passée de la ville , le théâtre Colon, le café Tortoni autrefois repaire des peintres et des intellectuels aujourd'hui rendez- vous des touristes, le métro avec ses mosaïques rétro, les galeries Pacificos construites sur le modèle du Bon Marché à Paris. Ici se sont bâties des fortunes immenses. On en prend la mesure en visitant le cimetière de La Recoleta, débordant de mausolées plus extravagants les uns que les autres et pas toujours de bon goût à nos yeux.

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Buenos Aires, les danseurs de tango au coin des rues et les joueurs de bandonéon, attendant la petite pièce qui leur permettra d'améliorer l'ordinaire, la formidable gentillesse des gens toujours prêts à nous renseigner et nous aider spontanément, avides d'échanges, mais aussi tous les voleurs pas du tout déguisés en voleurs mais habillés comme monsieur ou mademoiselle tout le monde, deux fois nous avons failli succomber à leur redoutable malignité mais on était prévenu et maintenant on est bien rodé!

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Buenos Aires et sa langueur fatiguée et mélancolique, sa moiteur un peu collante et certains jours ses déluges, on l'a aimée.

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Et puis à Buenos Aires, il y a le Rio de La Plata aux eaux boueuses. De l'autre côté, c'est l'Uruguay. Une heure de bateau et nous arrivons à Colonia Del Sacramento, charmante bourgade coloniale, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'histoire se répète: des envahisseurs qui espèrent trouver de l'or, des indiens qui résistent et qui seront massacrés, des colons de toute l'Europe qui accourent, de grandes propriétés agricoles , des laissés pour compte...aujourd'hui c'est le soja transgénique à grande échelle qui fait vivre le pays. P1210192-714779616.png

Les bougainvillės et les lauriers rose ont leurs fleurs qui se fanent et nous rappellent que c'est bientôt la fin de l'été. Coloñia a d'abord été portugaise avant d'être conquise par l'Espagne. Au gré des ruelles on retrouve l'influence des deux pays: portugais les azulejos, les pavés biscornus, le bacalau, le bon vin, espagnol la basilique, la langue, les tapas... P12101781081292687.JPG P12102011956032073.png

Et là, soudain, on se rend compte que la boucle est bouclée et que notre voyage prend tout son sens et que nous avions un fil conducteur qui s'est déroulé peu à peu. De l'Espagne au Portugal, passant par le Pérou, la Bolivie, le Chili, l'Argentine et terminant dans cette bourgade d'Uruguay, tous  peuplés de descendants d'immigrants, qui se sont métissés, ont parfois rapidement bâti des fortunes, oubliant certains au bord de la route, se cherchant encore un peu une identité commune, commençant à reconnaitre la responsabilité de leurs ancêtres dans la disparition des indigènes, et ayant fortement contribué à l'enrichissement de notre Europe, ne l'oublions pas.

Il reste le sens du voyage. Pourquoi partir si longtemps, en vélo, se mettre parfois dans l'inconfort, l'incertitude, la difficulté? Il n'y a pas une réponse. Si ce voyage ne s'était pas fait, il serait resté un regret, un manque, un creux. On nous a souvent dit que nous avions du courage. Du courage, certainement pas, je réserve ce mot aux situations difficiles que la vie nous impose parfois et sur lesquelles nous n'avons pas prise. De la ténacité, de la persévérance, un brin d'opiniâtreté, beaucoud'optimisme, de la confiance dans l'autre et surtout pas de préjugés. Nous bénéficions d'un luxe suprême, du temps, de l'argent, même si il a fallu nous montrer raisonnable, une famille formidable et des amis chaleureux qui ne nous ont pas oubliés et qui nous ont encouragés, et surtout la liberté de voyager là où on le désire. En Amérique du Sud, on se présente à une frontière, un coup de tampon et quelques minutes plus tard nous voilà dans un nouveau pays. Beaucoup nous envient cette immense liberté et plusieurs fois, on nous a demandé pourquoi c'était si difficile d'entrer en France, notre réponse ne pouvait qu'être honteuse....

Nous sommes contents de rentrer pour retrouver notre maison, notre région , ceux qu'on aime. Nous avons la tête pleine, il va falloir un peu de temps pour digérer, se remémorer, remercier tous ceux qui nous ont offert un toit, un repas, un moment partagé... comment allons nous faire pour rendre tout ça?

mardi 14 janvier 2014

Pampa et estancias

Détroit de Magellan, Terre de feu , les leçons d'histoire et de géo ont barbé les uns etIMG_20140114_210052.jpg fait rêver les autres... Nous y voilà en vrai et les leçons prennent tout leur sens.IMG_20140113_014834.jpg

Mais pourquoi terre de feu? pas de volcan en activité ici et le soleil, même théoriquement présent 18 heures par jour en cette saison, ne nous fait pas trop transpirer. L'explication est à chercher dans le passé. En novembre 1520, les caravelles de Magellan se frayèrent une route bien incertaine et dangereuse, louvoyant au milieu des multiples canaux, là où Pacifique et Atlantique s'entrechoquent. Au cours des cinq semaines que dura la traversée du détroit à cause d'une mer démontée, les marins aperçurent de nombreux feux sur les îles.

Les terres n'étaient pas vierges, des indiens vivaient là depuis 10000 ans. Ici, près du canal de B:-) eagle, c'était la tribu des yaghans. Parfaitement adaptés à cette nature inhumaine et ce climat rigoureux, ils entretenaient des feux pour se réchauffer, même dans leurs canots sur un lit de sable. Ils vivaient nus, la peau enduite de graisse animale, des vêtements n'auraient jamais pu sécher. Les femmes, seules à savoir nager, plongeaient dans l'eau glaciale, éventuellement avec leur nourrisson fille, pour ramasser des moules, base de leur alimentation, on peut voir encore aujourd'hui des monceaux de coquilles vides en cours de fossilisation. Charles Quint, roi d'Espagne rebaptisa l'île terre de feu. P1200610.jpg IMG_20140113_015704.jpg

Terre de feu, terre légendaire, terre des indiens devenue comme toute la Patagonie, terre des moutons. L'histoire qui s'est écrite ici, c'est l'histoire de grandes espérances et de grandes violences. Terre où ont afflué pionniers, aventuriers, chercheurs d'or, chasseurs de phoques et de baleines, réfugiés européens, éleveurs, tous en quête d'un nouveau départ, d'un avenir rêvé qui deviendrait possible. Les ont accompagnés les missionnaires, avides d'évangéliser des sauvages pour en faire des hommes et sauver leur âme.

Deux mondes allaient s'entrechoquer et la lutte était perdue d'avance pour un camp. Les moutons sont arrivés. Grâce au climat, leur toison est des plus épaisses, la demande de laine et de cuir est importante, les peaux partent dans le monde entier et font la fortune de certains, comme à Mazamet! Mais ces peluches ont besoin de très grandes pâtures et il faut les parquer. On taille des empires immenses, grands comme nos départements , des moutons y broutent enfermés derrière des kilomètres de barbelés. Et les indiens? Les Onas étaient habiles à chasser le guanaco, courant aussi vite que lui mais ces barbelés les ont terriblement gênés pour les poursuivre, et puis c'est devenu bien plus facile d'attraper des moutons, qu'ils appelaient guanacos blancs.

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La situation ne pouvait plus durer, le génocide, c'est bien comme ça qu'il faut l'appeler, commença. On fit appel à des chasseurs de prime, pour une paire d'oreilles d'indiens coupėes, une livre sterling, avec les organes génitaux en sus ( qui prouvaient que l'Indien était bien mort) deux livres sterling. Il y eut beaucoup de candidats, ajoutons la chasse forcenée à la baleine, aux phoques, qui affaiblit considérablement les ressources en nourriture et très rapidement la population indigène diminua. Les missionnaires, certainement de bonne foi essayèrent de les protéger. Ils installèrent des missions où ils distribuaient vêtements, nourriture et essayaient de leur inculquer d'autres moeurs. Le remède fut pire que le mal, les maladies apportées par les blancs , le désespoir achevèrent les derniers. Une population s'est éteinte, il n'existe plus un seul indien en Patagonie. Parfois un visage rencontré, offre à notre regard sa couleur caramel et ses yeux en amande, les pionniers manquaient de femmes et ne répugnaient pas à se servir localement, donnant naissance à de petits métis.

Cette tragédie est encore occultée. On voit quelques monuments, noms de rue, boutiques d'artisanats rappelant les premiers habitants de la contrée, tout cela reste dans un registre encore bien folklorique.

IMG_20140113_014719.jpg IMG_20140113_015050.jpg Et les estancias? L'effondrement des cours de la laine leur a porté un coup dur. Certaines sont à vendre, des investisseurs étrangers sont sur les rangs, rachetant ces vastes étendues de terre. Dans la pampa immense où le regard se perd, les kilomètres de barbelés sont toujours là, de temps en temps un portail de bois s'ouvre sur un long chemin un peu mystérieux, on ne voit pas les bâtiments depuis la route, une pancarte avec souvent un prénom féminin, Antonia, Estella, Irène..., un abri bus bien fermé et bien utile pour nos pauses à l'abri du vent, une cabane de gauchos qui nous a servi de refulge pour cause de vent violent. Le vent toujours là, imprévisible tantôt gentil, tantôt fougueux, avec des bourrasques fantasques qui nous emmènent d'un côté ou de l'autre de la route, les nuages de toutes sortes et toutes les couleurs et les gauchos: fiers sur leurs chevaux, un béret très large sur la tête, les chiens qui font un travail d'une intelligence extraordinaire pour rassembler et canaliser les bêtes. IMG_20140113_014603.jpg

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Il y a aussi la merveilleuse entraide : un signe de la main et la camionetta stoppe. Si besoin et s'il reste de la place ( il en reste toujours!) nous voilà embarqués pour quelques kilomètres, échappant aux tentacules du vent. On cherche un endroit à l'abri pour camper: on nous offre la pièce des gauchos pour dormir au sec, le goûter, le souper, le petit déjeuner. Une autre fois le campement se fera près de la cabane misérable d'un pêcheur, une fois la tente installée, Carlos nous a apporté deux assiettes de soupe fumante, du pain et deux  cafecito. Son seul souhait: qu'on lui envoie un drapeau français!

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IMG_20140114_205618.jpg Nous sommes bientôt au bout du bout, al fin del mundo, et le compte à rebours s'est enclenché. Il reste le canal de Beagle à découvrir, Ushuaia, encore bien des endroits mythiques qui nous font rêver... IMG_20140113_014444.jpg IMG_20140113_015012.jpg

lundi 30 décembre 2013

Gros appétits en Patagonie

P1200058.png L'appétit, nous l'avons. Les kilomètres avalés sur la piste ne font qu'exacerber cette faim dévorante qui nous habite le soir et nous pousse à dévorer pâtes, purée et autres mets faciles à transporter et qui plâtrent bien l'estomac!

Mais ce n'est pas de cet appétit là dont je veux vous parler, c'est celui qui aiguise les dents des requins qui nagent en eaux troubles. L'avenir de la Patagonie est bien sombre. P1200071.png

Mais la Patagonie, c'est où? c'est comment? C'est un territoire du bout du monde, aux contours flous, qui s'étend sur le cône Sud de l'Amérique Latine entre les 40ème rugissants et les 50ème hurlants, territoire sur lequel s'épanouissent Chili et Argentine. P1190656.png

C'est le pays du mythe des géants patagons. Le terme patagonie prend racine dans l'imaginaire des premiers navigateurs qui ont débarqué là au début du 16ème siècle. Magellan et ses compagnons géographes, bravant les autorités religieuses de l'époque qui niaient la rotondité de la terre, se doutaient bien qu'elle n'était pas un disque plat sous lequel déambulaient des bonshommes la tête à l'envers. P1200044.png P1200092.png

Ils ont relaté leur rencontre avec les indigènes, décrivant des hommes immenses, Il était tant grand que le plus grand de nous ne lui venait qu'à la ceinture et les auraient surnommés patagons du terme pata grands pieds en espagnol. L'hypothèse désormais retenue, fait remonter l'origine du nom à un personnage d'un roman de chevalerie, Patagon, très célèbre à l'époque, personnage fantastique mi homme mi animal. On peut imaginer que Magellan avait lu ce récit , l'avait même peut-être emmené sur son navire.

P1200117.png Cependant les récentes recherches anthropologiques ont montré que les indigènes de l'époque mesuraient en moyenne 1,80 mètres alors que les ibères étaient beaucoup plus petits! Les marins ont du être impressionnés, surtout si on ajoute les peintures, l' habillement, les habitudes culinaires....

Malgré une colonisation intense, la Patagonie reste une des régions les moins peuplées du monde. La vie y est rude mais les paysages sont extraordinaires: forêts luxuriantes, pics inviolés, volcans encore en activité pour certains, pampas aux paysages désertiques côté argentin, faune et flore remarquables dont beaucoup à l'ėtat endémique, la nature est ici vraiment préservée. P1200294.png

Mais c'est pourtant l'eau, l'âme de la région: avec ses lacs turquoises, ses glaciers parmi les plus vastes de la terre, ses fleuves puissants, ses sources thermales, la Patagonie est la deuxième réserve d'eau douce de la planète. Un rêve pour les amoureux de la nature mais aussi pour les constructeurs de barrages hydrauliques.

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Les appétits et la voracité fleurissent. Les années passées ont déjà connu un développement brutal, favorisant l'élevage intensif provoquant la dégradation des espaces naturels, de gigantesques incendies ont détruit des pans entiers de forêt.

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Mais le projet le plus redoutable est bien Hydroaysen. Porté par une multinationale espagnole, italienne et chilienne, Endesa Colbun, il prévoit la construction de 5 barrages sur deux fleuves majeurs du pays considérés parmi les plus sauvages de la planète, les rios Baker et Pascua, noyant un écosystème unique. L'autre terrible impact sera la construction d'une ligne électrique à haute tension la plus longue du monde: 2415 km, 6000 tours de 60 à 80 mètres de haut provoquant une gigantesque saignée jusqu'à Santiago et surtout les mines du Nord du pays gourmandes en énergie. Pourtant on sait que sur ces lignes 30% de l'énergie se perd en chemin...

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Il faut souligner que le pouvoir détenu par Endesa Colbun résulte de la privatisation effectuée du temps de Pinochet, cette société possède aujourd'hui 80% des droits sur l'eau du pays...La protestation est forte, elle s'est un peu apaisée par la promesse d'énormes subventions pour le développement de la région qui est très défavorisée côté infrastructures, pas d'hôpital à plusieurs centaines de km, pas de médecins spécialistes, deux jours de voyage pour aller à Santiago....les gens sont maintenant divisés. Et pourtant le Chili est un des pays à fort potentiel pour les énergies renouvelables: désert ensoleillé au Nord, géothermie, éoliennes, micro centrales...

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La gloutonnerie va t elle gagner? Beaucoup de patagoniens attendent une prise de position claire de leur nouvelle présidente, Michelle Bachelet.

En attendant: Patagonia sin empresas! P1200054.png

dimanche 15 décembre 2013

Portraits croisés

Jowan nous a interpellés du bord de la route: je connais ce drapeau ( banniēre occitane que Miche arborre fièrement à l'avant de son vélo) , c'est celui de chez moi! vous êtes français? vous avez le temps de prendre un café? Du temps, nous n'en manquons pas et un petit café, en haut d'une côte avec une météo chagrine, ça ne se refuse pas! Bien installés dans sa maison de bois, nous voilà en train de partager notre pique nique et à l'écoute de son histoire. Il est heureux de parler français, celà se voit , s'entend, heureux de nous conter son parcours de vie. Jowan est né dans un petit village de la région de Montpellier, de mère algérienne et de père syrien. L'école ne l'a pas trop aimé, il a cependant une formation de paysagiste, complétée par une formation en construction écologique et installation de piscines naturelles. Une fois ses stages terminés, il n'a pas trouvé de boulot, alors au lieu de glander, il a préféré partir voyager, découvrir, rencontrer, travailler ici où là. Un jour au Brésil, son chemin a croisé celui de Patrizia, une jeune femme chilienne-argentine. Ils ont décidé de venir construire un bout de leur vie dans un coin perdu du Chili près de Bernardo, le père de Patrizia. Jowan fait de la perma culture, essaie de faire pousser des légumes nouveaux pour la région, élèvent des poules, construit sa yourte en bois, défriche la forêt. Pour gagner quelques sous il fait du pain, des gâteaux, conduit de gros engins. Avec ses voisins, ils forment une petite communauté dans laquelle s'exerce beaucoup le troc et l'entraide, ils ont par exemple installé le réseau d'eau courante pour ne pas dépendre de l'administration. Patrizia est intervenante en arts plastiques au collège. Un petit Awan Ayun ( bienvenu à l'amour en mots arabe et mapuche c'est à dire indigène )est né. Il est heureux mais regrette le pastis, la pétanque, l'odeur du thym et de la lavande.... Jowan nous a emmenés ensuite dans la forêt, nous nommant toutes les plantes, les arbres, les oiseaux. Ensuite, il était bien tard pour repartir, alors il nous a conduits dans la maison de Bernardo son beau-père qui nous a invités à dormir. Bernardo a été bien pudique sur son parcours de vie. Nous avons appris qu' il a du s'exiler en Suisse pendant la dictature du sinistre Pinochet. Les livres présents dans sa maison, la discussion politico- économique que nous avons eue avec lui nous ont fait entrevoir un homme de grande valeur.Nous avons partagé avec toute la famille les premiers oeufs de leurs poules et le lendemain nous sommes repartis sans bruit. IMG_20131210_205053.png IMG_20131210_205151.png

Andre, lui est brésilien.Il était sur la route devant nous et lui, on l'a doublé. Enfin...on s'est arrêté quand même car nous étions intrigués. Il marchait, poussant un charriot avec un gros bagage qui paraissait bien lourd. Andre vit dans une petite île au Brésil et il est photographe.Il est parti à pieds, sur la carreterra, pour plusieurs mois, et chose étonnante, il marche pour informer le monde de la gravité de la poliomélithe dans certaines régions de la planète comme par exemple en Afghanistan, et de la nėcessité de la vaccination. Nous avons pensé mais ne lui avons pas dit, que vu le peu d'habitants en Patagonie, son projet n'allait pas rencontré beaucoup d'ėcho. Et après réflexion, nous avons bien appris plein de choses auprès de lui et à chacun son voyage...En tout cas, nous avons eu la surprise de le voir arriver au camping le soir, rude étape! Et alors... il a sort de son gros bagage, une cafetière italienne et du vrai café brésilien ( il faut vous dire qu'au Chili, ce ne sont que dosettes, bravo Nescafé!) Là Andre a vraiment gagné mon coeur. Par la suite, j'ai beaucoup pensé à lui: marcher sur une piste en travaux sur 100km, avec du dénivelé, du ravitaillement pour plusieurs jours tellemnt il y a peu de villages, total respect.Andre, on pense à toi...

IMG_20131210_204504.png IMG_20131210_204600.png Majo, c'est nous qui l'avons contactée. Elle est argentine et habite à Salta. Elle accueille tous les voyageurs à vélo qui peuvent poser leur tente près de sa maison, utiliser la douche, la machine à laver, la cuisine. Majo adore le vélo, c'est aussi son unique moyen de transport , elle parcourt environ 50 km tous les jours. Elle vit vec sa soeur dans cette petite maison que leur a léguée leur père et nous dit qu'avoir un toit est une grande chance. En effet, en Argentine, même avec des diplomes, c'est bien difficile de trouver un boulot. Majo est animatrice radio dans une radio locale mais ce qu'elle gagne ce n'est pas grand chose. Elle est végétarienne, essaie de faire un petit jardin, potasse des livres de jardinage. Il n'y avait pas beaucoup d'aliments dans le frigo et les placards. Pourtant, le premier soir, nous avons eu droit à une salade variée, du riz et lentilles , le tout bien cuisiné, elle nous a aussi préparé un gâteau.Elle a un chat borgne et deux chiens, dont un qu'elle a trouvé á la décharge enfermé dans un sac poubelle. Pour Majo et son ami, j'ai cuisiné une bonne ratatouille et nous avons eu l'honneur d'être interwievé pour sa radio ! Majo rêve de voyager mais venir en Europe lui semble inaccessible.Nous lui avons fait plaisir en lui laissant un pneu usagé mais qui peut encore servir en ville. Nous mesurons alors la chance inouïe que nous avons et l'abondance dans laquelle nos vivons. Majo, nous nous rappellerons de sa gentillesse et des litres de maté qu'elle engloutit à toute heure...

P1180116.png P1180117.png Portraits croisés, individus si différents et pourtant la même étincelle dans les yeux et dans le coeur...

jeudi 5 décembre 2013

A Chiloé, on a roulé

Il était une fois, une terre fascinante et singulière, terre de mémoire, terre de légendes et de mythes, qui imprègnent encore le quotidien de ses habitants. IMG_20131201_203735-1341891899.jpg IMG_20131201_205218-660748886.jpg D'abord, il y a la Pincoya. Femme magnifique, elle apparaît sur les côtes en compagnie du Pincoy, son mari. Celui-ci s'installe sur un rocher et entonne un chant mystérieux. La Pincoya entame alors une danse frénétique et sensuelle.Elle ondule au-dessus des flots, spectacle envoûtant pour les pêcheurs mais attention il faut garder tête froide! Si elle danse face à la mer, il faut retourner se mettre au chaud, car les poissons ne sont pas là, par contre si elle danse face à la plage, il faut vite mettre les barques à l'eau, la pêche sera bonne! C'est aussi unebonne fée car elle est réputée pour aider les naufragés. IMG_20131201_205405-235170032.jpg

Ensuite, il a le Trauco.Personnage de petite taille, difforme et puant, il est vêtu de paille et coiffé d'un chapeau conique. Il vit au profond des forêts et doté d'une force herculéenne, il ne se sépare. jamais de sa hache. Malgré son aspect repoussant, il séduit les femmes et éveille chez elles un désir sexuel irrésistible. Bien pratique pour ces femmes de marins qui avaient une excuse bien pratique pour justifier la grossesse ou le marmot déjà né auprès du mari qui rentrait d'un long séjour en mer et qui ne pouvait revendiquer cette paternité. Il y a aussi le Caleuche, navire fantôme qui navigue sous l'eau et emmerge la nuit. Gare si on a le malheur d'être attrappé par son équipage de sorciers, c'est l'assurance de revenir en ayant perdu la raison à tout jamais. IMG_20131201_204746-1653458729.jpg

Des histoires comme celles là, il y en a pléthore, témoignage d'une mythologie qui régit bois, air, mer, héritages des indiens mapuches, chonos, huilliches qui peuplaient l'île à l'arrivée des colons qui eux mêmes ont apporté toutes leurs croyances. Dans une petite église, il se trouve même un tableau étonnant qui mêle Jésus et toutes ces créatures fantastiques. IMG_20131201_204616-1134848545.jpg

Cette terre, c'est Chiloé, île à deux visages: sauvage avec sa forêt primaire, impénétrable, ourlé par un océan déchaîné côté Pacifique, bucolique avec ses bocages, ses prairies mouchetées de vaches et de moutons, ses fjords profonds, côtė Patagonie.

Nous avons exploré les villages, découvrant de magnifiques églises de bois, héritage des jésuites et maintenant classées au patrimoine de l'humanité, les petites maisons sur pilotis pour cause de séismes fréquents sont recouvertes d'écailles de bois de couleurs éclatantes, comme nos tavaillons jurassiens. Les pommes de terre dans les jardins nous font pâlir d'envie et les fleurs , roses, lys et hortensias profitent du climat doux et humide. Sur les barrières, les écheveaux de laine, teints avec des matières naturelles en rajoutent encore côté couleur.En bord de mer, les palafitos maisons sur pilotis semblent prêtes à prendre la mer en compagnie des barques qui les attendent. IMG_20131201_205142198481069.jpg IMG_20131201_204018-1355889233.jpg IMG_20131201_205328-1596406906.jpg IMG_20131201_204207-569887638.jpg IMG_20131201_204336-1399687760.jpg On nous avait prédit la pluie, que nenni! le soleil a été bien prėsent. L'île est très peuplée et en plein boom économique: les norvégiens développent les élevages de saumon, qui mettent en péril l'équilibre écologique, l'élevage et le maraîchage se développent, le tourisme augmente, on parle de construire un pont pour relier l'île au continent, sujet de désaccord.Les enjeux politiques sont importants, chacun affiche ses opinions en plantant devant sa maison les affiches de son préféré, point d'hypocrisie! P11903311328588791.png Et maintenant nos rubriques habituelles: nos amis les bêtes et cuisine et saveur. Nous avons été accompagnés par des centaines d'oiseaux , souvent inconnus, piallant, sifflant, jacassant ou se chamaillant comme les perroquets encore là et impossibles à photographier. Nous avons eu aussi la chance d'observer des pingouins de Magellan et de Humboldt, qui viennent sur les côtes de Chiloé pour la reproduction. IMG_20131201_203855-906361239.jpg IMG_20131201_205218-660748886.jpg Une autre espèce, beaucoup moins sympathique: les chiens, des gros, des petits, des beaux, des pelés, des borgnes et des estropiés, souvent en meute, jappant comme des fous. Ils semblent vériier ici bénéficier d'une étrange mansuétude..Nous n'avons trouvé personne qui s'étonne de cette prolifération. On nous a conseillé de mettre un doigt sur la bouche et de leur dire chut! quelle bonne BLAGUE , on a préféré se charger de cailloux, seul langage qu'ils semblent comprendre. Et imaginez l'ambiance quand la sirène des pompiers retentit et que ces gentils toutous se mettent à hurler à la mort, ambiance mauvais film d'épouvante garantie! IMG_20131201_204536-875247479.jpg

Nous avons trouvé ici un plat étrange ( notre breton préféré a l'air reconnaître!) , c'est le curanto, sorte de ragout, mélangeant moules et palourdes énormes, saucisses, palette de porc fumé, poulet, pommes de terre, milcao ( espèce de gâteau de pommes de terre et farine) tout cela est cuit dans un trou sur des pierres chauffées, recouvert de mottes de terre et de grandes feuilles géantes d'une rhubarbe. Après, on ne prend pas de dessert et on pédale pour digérer. Chiloé, on se souviendra de tout cela, tu resteras dans nos cœurs mais un conseil: débarrassé toi des chiens et essaie de construire des routes avec des tournants...Les rampas se rappellent à nos mollets.... IMG_20131201_2044331819384147.jpg P1190157-1391242697.png

mardi 26 novembre 2013

Carte postale de Valparaiso

Chers tous,

Savez-vous que Valparaiso, c'est le nom d'une fabrique à Mazamet, fabrique de délainage, procédé qui consiste à séparer la laine du cuir, et qui a fait la fortune de la ville en son temps? Valparaiso, Rio de La Plata, Brisbanne, Melbourne, ces noms faisaient rêver Michel enfant, quand il contemplait les gros camions chargés des peaux de moutons qui arrivaient du bout du monde. Valparaiso pour moi, comme Zanzibar ou Katmandou, citės de légendes, dessinaient dans ma tête des horizons lointains et mystérieux, excitaient l'imagination et les fantasmes. Pour lui comme pour moi, peut-être un jour...

Nous sommes à Valparaiso.

D'abord Valparaiso, c'est un port, vaste amphithéâtre de 44 cerros, noms donnés aux collines, ouvert sur le Pacifique, port qui servit d'escale aux bateaux voyageant entre Atlantique et Pacifique, traversant le détroit de Magellan, port d'où partaient le vin, les peaux, le fromage, l'or, le blė pour les chercheurs d'or de la conquête de l'ouest, port où les marins, qui avaient survécu au Cap Horn, trouvaient tendresse et réconfort dans les bras des filles pulpeuses au fond des bouges, s'enivraient du pisco sour, alcool qui faisait tanguer les langues et s'épancher les coeurs, port véritable aimant pour les milliers d'immigrants de la vieille Europe, nullement décoragés par les naufrages, les attaques de pirates et les violents séismes. P11804671364752968.png P1180416-824827980.png

Aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de bateaux dans la rade et le port nous semble bien vide. L'ouverture du canal de Panama a mis fin à l'âge d'or et Valparaiso s'est doucement endormi. Il parait qu'il y a encore quelques marins et des filles dans les quartiers chauds, quartiers où l'on nous déconseille la promenade...Tant pis nous n'irons pas nous encanailler. P1180414-1357938193.png P1180442504891684.png Nous préférerons partir à l'assaut des collines. Valparaiso, c'est aussi des maisons branlantes, bariolées aux couleurs de l'arc en ciel, qui s'agrippent comme des berniques aux pentes et dégueulent jusqu'au port. Les couleurs pètent, claquent et s'entrechoquent. Partout des peintures murales animent les façades, recherchées ou naïves, rėussies ou maladroites, contestataires ou poétiques, récentes ou délavées, elles accrochent le regard et parfois cachent la misère. Nous déambulons dans le labyrinthe des ruelles, débouchons sur des terrasses miradors qui s'ouvrent sur le bleu du ciel et ouvrent une fenêtre sur le port, le souffle est court dans les grimpettes. On a tenté le tramway bringuebalant mais il roule å toute berzingue dans les lacets dans un bruit de ferraille effrayant, il fallait bien s' accrocher. Il y a bien aussi les ascensores, funiculaires rouillées mais nous n'avons pas pu y expérimenter le vertige, ils étaient en grève comme les éboueurs , les employés des municipalités. Dimanche les chiliens votent pour élire leur président. Ce sera sans doute une présidente, Michèle Bachelet, les chiliens semblent le penser. P1180483535233824.png P1180598-269006036.png P1180501-114407114.png P1180531704617667.png P1180385-753840461.png P1180438-440375241.png

Nous ne pouvions pas être à Valparaiso et ne pas aller visiter la Sebastiana, la maison du grand poète Pablo Neruda. Elle se dresse, telle la proue d'un navire, offrant une vue extraordinaire sur les collines et la rade, remplie de vieux objets souvent d'origine française. Cette maison nous a offert un grand moment de sérénité et nous a donné envie de nous y attarder. Il y a eut aussi la visite du grand marché couvert, coloré et odorant où nous n'avons pas résisté à la dégustation des premières cerises. Au premier étage nous avons dégusté fruits de mer et poissons grillés en compagnie des gens du quartier. P1180584-129994315.png P11805631868053999.png P1180445147247013.png Bons baisers de Valparaiso et comme tout doit se terminer en chanson voici les paroles d'une vieille chanson de marins , chanté autrefois par les 4 barbus.

                             hardi les gars, vire au guindeau
                             good bye farewell, good bye farewell
                             adieu misère, adieu bateau
                             hourrah! oh Mexico!
                             et nous irons à Valparaiso.

dimanche 17 novembre 2013

Ruta 40

C'est une de ces routes mythiques, traversant contrées et continents, si vieilles qu'elles semblent avoir été là depuis toujours, emportant voyageurs, commerçants, aventuriers et conquérants, comblant ce désir d'aller voir ailleurs, de l'autre côté, étanchant cette curiosité et cette soif de découvertes propres à ceux qui ont l'âme nomade. P11802722071839467.png P11802282071839467.png

La ruta 40 dėroule son long ruban du nord au sud, de la frontière chilienne au Cap des Vierges à l'embouchure du détroit de Magellan au fin fond de la Patagonie, parallèle à la cordillière des Andes, vėritable odyssée qui nous emmène dans un voyage au coeur de l'âme argentine. Elle s'enorgueillit des qualificatifs les plus extrêmes: la plus haute, elle franchit 27 cols andins, certains à plus de 5000mètres, la plus longue 5100km, elle traverse 18 cours d'eau importants et connait des températures des plus contrastées. Pour tout celà elle est devenue symbole et emblème de l'Argentine et a été promue produit touristique national. DSCN0851945421832.png DSCN0835-1011624779.png P1180130-1846374196.png La ruta 40, nous a vus passer sur nos vélos , un trajet de 900kilomètres. Passée la frontière bolivienne, nous entamons d'abord une longue descente, à travers les quebradas aux couleurs polychromes, la vitesse nous grise, la douceur de l'air, la chaleur retrouvée, les verts des arbres et des champs cultivės, les cris d'oiseaux inconnus, tout celà nous surprend et nous étonne. P1180231529620142.png (/enmusant_amsud/public/.P1180141529620142_m.jpg|P1180141529620142.png||P1180141529620142.png, nov. 2013)) P1180224-1376200485.png Et puis voilà les vignes, les plus hautes du monde. A Cafayate, la visite d'une bodega s'impose et la dégustation des crus est une évidence. Nous nous laissons surprendre et, c'est une bonne surprise, par la qualité du 'torrontes' vin blanc sec, par le cabernet sauvignon et clin d'oeil amusant par le malbec, cépage importé de Cahors que nous avions savouré avec les amis au début du voyage. Il n'y a pas de vin sans repas, alors nous en profitons pour goûter au fameux boeuf argentin, aux empanadas ( chaussons fourrés avec divers ingrédients) , tamales et humitas ( papillottes de feuilles de maïs remplies d'une pâte de farine de maïs , légumes et éventuellement viande et cuites à la vapeur). P1180156-1011624779.png P1180168-885035811.png P1180183-546207877.png

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Les bonnes choses ont une fin et il faut bien se résoudre à enfourcher notre monture. La ruta 40 fait des siennes et nous rappelle bien vite qu'elle se mérite. Le bel asphalte, doux à notre postérieur fait place d'abord à un vieux revêtement plein de trous et de bosses, puis à une piste caillouteuse et sableuse. Pour compléter le tableau, les ponts ont disparu et il faut franchir les guės. La chance nous accompagne, les nuages menaçants au-dessus de nos têtes, ne font que nous narguer. P1180225-297983965.png P1180232945421832.png P11800891909402618.png

Tout ça, nous rappelle que l'Argentine connait bien des difficultés, les argentins rencontrés nous disent que les hommes politiques mangent l'argent et qu'il n'en reste plus pour terminer le chantier.Il y a des élections en ce moment et c'est chaud: grosse ambiance chaque soir dans les villages et on constate que les gens ne craignent pas d'afficher leurs opinions.

Nous n'avons plus le nez en l'air mais dans le guidon, il faut éviter les trous et surtout lutter contre un vent de face qui nous autorise seulement un petit 10 km à l'heure. Ce n'est pas grave, il n'y a plus rien à voir! Nous relions des oasis verdoyantes, où poussent vignes, oliviers, noyers mais entre ces villages c'est le désert, il fait une chaleur épouvantable et trouver un endroit pour pique-niquer relève de la mission impossible: le choix est simple: trouver un acacia à l'ombre chiche et aux épines redoutables ou trouver un acacia...Mais chaque épreuve connait son revers positif. Je n'ai pas encore parlé des argentins: des gens des plus gentils, accueillants et souriants qui soient. Ils nous doublent avec attention, petit coup de klaxon discret, se garent 500 m plus loin , sortent de la voiture, agitant une boisson certes gazeuse mais fraiche! un petit moment de conversation où leur admiration flatte notre ego, ils nous serrent dans les bras et voilà, chaleur et simplicité de la rencontre. On ne sait pas pourquoi, ils adorent la France et les français et ça nous fait plaisir parce que c'est la première fois depuis le début du voyage que l'on sent que la France est connue et appréciée... Ils nous ont reçus aussi chez eux, sans chichis mais avec simplicité. Ils sont aussi très croyants et s'arrêtent pour une courte prière devant chaque chapelle isolée.Une nuit nous campions près d'une de ces chapelles , bien à l'abri du vent et au milieu de nulle part. Nous croyions être tranquilles et bien pas du tout. Tard dans la soirée et très tôt le matin, des voitures se sont arrêtées, moteurs ronflant, une petite prière, assouvissement d'un besoin bien naturel et on repart, la nuit a été courte et agitée. Pour la Toussaint, les cimetières étaient bien fleuris et à la sortie des guinguettes étaient installées, pratique pour les retrouvailles! les églises sont bien jolies avec leurs couleurs gaies et leur décor ressemblant à de la chantilly...

sP1180284-1011624779.png P1180117-1011624779.png

P1180195-965838200.png P1180206-297983965.png P1180243-1154160786.png P1180115-546207877.png P1180215-934514028.png

La ruta 40 a continuė, comme ça, soufflant ses difficultés sur mes mollets, alors j'en ai rendu mon cuissard et un coup de bus nous a emmenės á Mendoza, capitale d'un grand vignoble. Et que fait-on á Mendoza un dimanche pluvieux?eh bien on va , comme les argentins, au restaurant! certains vont encore m' ècrire que je parle souvent de nourriture mais d'autres m'écrivent que Michel est devenu trop maigre....de toutes façons, on aime manger et je ne vous raconte pas les tomates incurgitées par kilos, les boites de thon, les pâtes....tout ce qui fait notre ordinaire.Et puis on se dit qu'on l'a mérité¡ P11802891307905713.png Donc nous voilà dans un restaurant populaire de Mendoza, partageant l'asado ( toutes sortes de viandes grillées) , nous reservant à volonté, mais peu de légumes, le mot légume est presque un gros mot pour les argentins et ça se constate à leur tour de taille. Les musiciens mettent l'ambiance, certains chantent ou dansent, on a passé un bon moment. DSCN0991945421832.png

DSCN0968-1011624779.png La ruta 40, on va la retrouver dans le sud, elle nous réserve certainement encore bien des surprises...Pour le moment, on prend des vacances..

mercredi 6 novembre 2013

Contrastes

Derniers jours dans le sud de la Bolivie, moments inoubliables dans ce bout du monde solitaire et désolė. Nous nous sommes sentis minuscules face à une nature sauvage et grandiose.

Les vélos nous ont d'abord emmenés dans ce grand désert de sel d'une blancheur aveuglante, seulement troublée par quelques îles qui émergent et semblent flotter comme sur une jatte de crēme: crissement du sel sous les roues, du blanc, du bleu, la rotondité parfaite de la terre, sentiment d'irréalité.. P1170608240289954.png Nous débarquons sur Incuhasi, la plus grande des îles où nous sommes accueillis par une armée de grands cactus centenaires, sentinelles immobiles qui scrutent l'horizon, et servent de perchoirs à de petits oiseaux. P1180080-1160773396.png P11709121499890487.png Puis planter la tente sur le Salar, admirer le coucher du soleil, nos ombres gigantesques, le froid qui mord, s'endormir les étoiles à portée des doigts, le silence est total , se lever dés potron minet pour saluer le soleil qui arrive et se rendormir au creux des duvets bien chauds... P1170575-1389602154.png P11705292108266033.png

Ensuite nous avons joué aux touristes, un 4/4 nous a conduits pendant cinq jours à la découverte du Sud Lipez, ça aurait été trop difficile en vélos! un séjour extraordinaire, hors du temps, sur des pistes cahotantes caillouteuses ou sableuses. P11706891611585876.png

Et là, il fallait se pincer pour ne pas se croire dans un film avec trucages: des lagunes riches en minéraux divers qui leur donnent des couleurs merveilleuses, mouchetées de centaines de flamants roses, rochers fantasmagoriques ( un lieu est même nommé le désert de Dali et c'est vrai que l'on pense à ses tableaux), des pics volcaniques millénaires, certains fument encore, des geysers de boue bouillonnante, genre marmites de sorcières, ça bout, ça chuchote, ça souffle et ça pue, se baigner dans des sources chaudes à plus de 4000mètres, partout des couleurs merveilleuses... P1170782884745698.png P1170735-767928192.png P1170721-645166330.png P11707851452539346.png P11706881002530431.png P1180036-940377746.png P1170667242979798.png

La Pachamama, déesse terre pour les indiens, vénérée et respectée, nous a offert un festin pour tous les sens.

Et dans ces lieux inhospitaliers, la vie n'a pas renoncė. Nous avons observé des oiseaux, renards, vigognes et vizcachas, sorte de lapins à queue d'écureuil. Des hommes et des femmes vivent là aussi , ils se consacrent à l'élevage des lamas ou travaillent dans les mines qui parsèment les montagnes. Leurs conditions de vie sont particulièrement difficiles à cause de l'altitude, du froid, de l'éloignement. Le sous -sol de la Bolivie est d'une richesse inouïe, malheureusement, aucun minérai extrait n'est traité sur place, tout part au Chili....Le sous sol contient aussi de grandes quantités de lithium, minerai trés convoité, pour le moment pas exploité, l'avenir dira si pour la première fos de son histoire cette manne profitera au peuple bolivien. Le président Morales a l'air bien décidé de ne pas céder aux puissances internationales. Nous avons pu constaté que ce président est vraiment apprécié des paysans et des mineurs. Partout dans les villages nous avons vu des écoles neuves, des gymnases, l'adduction d'eau potable qui se met en place, l'installation de la fibre optique...les habitants de la campagne ne se sentent plus des laissers pour compte. P11706301414697184.png P11709332112380421.png Deux jours et une poignée de kilomètres après cet univers, nous voilà en Argentine, brutalement plongé dans un autre monde, quel choc climatique et culturel! 2500 mètres de descente et nous sommes au milieu des arbres, longeant d'immenses champs de salades et de cotes de blettes, nous sommes assourdis par les jacassements des perroquets, nous respirons à plein nez les odeurs de roses et de mimosa.Il fait trés chaud, polaires et gants prennent leur quartie d'hiver au fond des sacoches et les tenues légères refont surface. Il faut s'habituer aux cars qui nous frôlent et aux nombreuses voitures dont beaucoup de marques européennes. Nou avons vu de nombreuses petites chapelles au Pérou et un peu en Bolivie, dressées en mémoire de ceux pour qui la vie s'est arrêtée sur la route, mais là c'est autre chose: de grands chiffons rouges accrochés dans les arbres pour signaler l'endroit, un monument imposant avec plein d'offrandes, de petits mots et surtout un barbecue à côté où apparemment famille et amis viennent pique-niquer.... et j'oubliais: des morceaux de la voiture accidentée ou du vélo! disposés artistiquement autour.

Presque plus de maisons en adobe mais des maisons à l'européenne avec des toits en tuile, entourée de fleurs, flanquėes de piscines et bien sûr clôture et portail sécurisė. A Jujuy, première ville importante sur notre chemin, nous nous installon à une terrasse de café et observons: presque plus d'indiens, des gens qui nous ressemblent, il y en a même qui ont des cheveux blancs ( en Bolivie, la couleur de notre chevelure étonnait, on nous pensait trés vieux et on nous appelait avec respect mamita et papi ou mieux Padre et Madre! pour une fois bėnėfice de l'åge), des chiens tenus en laisse, des parasols, des boutiques pleines, des toilettes avec chasse d'eau qui fonctionnent, des feux rouges etc..etc... Nous nous rendons compte qu'en deux mois sur les hauts plateaux andins, notre regard s'est habitué au dénuement, à l'aridité, à la rudesse du climat, à la solitude.... P1180099481619682.png En tout cas, on pédale comme des pros, on ne souffle plus, c'est presque facile!

vendredi 25 octobre 2013

Les cholas

P1170203-199911037.png D'abord, il y a le bombín, chapeau melon en feutre foncé, un petit gland sur le côté, plus haut que celui des Dupont et plus étroit, il parait qu'il tient sans épingle aucune et pourtant toujours bien droit, en équilibre sur la tête. La chevelure partagée par une raie impeccablement tracée , deux longues tresses brunes, reliées par la chocapa, pompon de laine ou de petites perles. Et puis il y a la pollera, qui danse autour des jambes et s'arrête aux genoux, lourde jupe froncée à la taille, bien pratique pour masquer l'embonpoint, aux multiples volants colorés ou brodés, en-dessous les jupons montrent pudiquement leurs festons de dentelles. Il ne faut pas oublier l'agayo, grand rectangle tissé main , orné de rayures horizontales et qui noué sur le dos sert à transporter un peu tout, du bébé à la coca. Parfois le châle à franges ajoute une touche de coquetterie et le soir la couverture sur les épaules ou autour du ventre apporte la chaleur indispensable pour faire échec au froid si mordant. P11700251537159148.png

P1170369-1242090091.png Ce sont les cholas ou plus familièrement les cholitas, les femmes de La Paz ou d'autres villes. Ce costume, elles le portent fiérement.Et pourtant! il leur a étė imposé ainsi que la coiffure par le roi d' Espagne au 18 ème siēcle.Longtemps méprisé, il devient le symbole d'une nouvelle identité urbaine revendiquée avec orgueil. Des jeunes filles jettent leurs jeans aux orties, des femmes d'affaire, des femmes présentes au gouvernement le revêtent aujourd'hui, il y a même des défilés de mode qui le réinventent encore plus beau. IMG_20130930_130546-1747544271.jpg

Plus simplement les cholas de la rue le recouvrent d' un grand tablier pour vaquer à leurs petits emplois: vente de tout et de rien, mais bricoles si utiles aux chalands, un paquet de mouchoir, quelques épingles à nourrice, une pile, une boisson ou une glace, du pain... P1170195-1594740949.png Elles sont là, patientes, travailleuses, souriantes, et jamais le chapeau melon ne P1170198-62640616.pngtombe , et les jupes inlassablement dansent autour des jambes... P1170116-2021326323.png

jeudi 17 octobre 2013

Se sentir proche de l'enfer

P1170439_1_.png Ce fut l'Eldorado. Pas celui de la cité mythique, rêvée et vainement cherchée par les Conquistadors mais celui créé par leur soif d'argent jamais assouvie. Ils se sont emparés du Cerro Rico, la montagne riche et en 1545, l'excavation à grande ėchelle de l'argent commença. La ville de Potosi fut fondée, sur son blason était inscrite cette devise: Je suis la riche Potosi, trésor du monde, objet de convoitise des rois. Une véritable frénésie se répandit, ce fut la ruée...Les espagnols promulguèrent une loi, rendant le travail obligatoire pour les indiens et quand il n'y eut plus assez de main d'oeuvre locale suite aux pertes humaines colossales vue les conditions de travail effroyables, ils amenèrent des esclaves africains pour travailler dans les mines. Potosi connut une prospérité fulgurante et devint le nombril de l'Espagne coloniale: églises, couvents, théâtres, maisons cossues, furent bâtis en nombre, tout un luxe inouï et extravagant, c'était alors une des plus grandes villes de la planète. Sans compter les milliards de lingots et de pièces d'argent chargės sur les galions, qui vinrent enrichir la vieille Europe. La Renaissance n'aurait pas eu une telle splendeur sans l'argent de Potosi, il ruisselait par tous les pores de la montagne. Mais la gloire de Potosi fut de courte durée, laissant des milliers de morts derrière elle. La baisse du cours de l'argent lui porta un coup fatal. Après l'indépendance du pays d'autres minerais furent découverts: l'étain puis le zinc et le plomb et Potosi fut sauvée de l'oubli. Aujourd'hui, après bien des luttes et des combats, les exploitations appartiennent à des coopératives mais c'est un simple changement de raison sociale pour les mineurs. Nous avons longuement hésité avant d'aller visiter une mine, nous avions l'impression de jouer les voyeurs mais nous avons ėtė convaincus par des lectures et des rencontres. Les mineurs sont fiers de montrer leur travail et d'apporter un témoignage sur les conditions dans lesquelles ils l'exercent. La visite débute par un détour au marchė des mineurs. Là on achēte des petits cadeaux: feuilles de coca, dynamite, alcool à 90 degrės, je suis tout de suite frappée par le nombre de béquilles rudimentaires en vente dans les boutiques. Puis le bus nous emmène par une piste cahotante sur le flan de cette montagne mangeuse d'hommes , qui domine le campement des mineurs. Auparavant on s'est équipė de vêtements étanches, de casque, de bottes et d'une lampe. L'air se rarėfie encore, le vent souffle sans relâche. On pénètre par un boyau, tout de suite les pieds dans l'eau, on passe sous des ėtayages complètement pourris, bientôt il faut se courber, se faufiler dans des galeries étroites, il faut être prudents, des puits s'ouvrent un peu partout, la chaleur devient suffocante et on arrive vers une équipe de mineurs: équipement minimum, pas de chaussures de sécurité, pas de vêtements étanches, un vague foulard sur le nez pour se protéger de la poussière. Ils remplissent un wagonnet de minerai, minerai qu'ils piochent avec des outils rudimentaires. Nous les voyons pousser ce wagonnet de plus d'une tonne sur des rails de bois, la plupart du temps pourries et cassées dans les virages , ce qui veut dire qu'à ce moment là il faut soulever le wagon pour le faire tourner et le remettre sur les rails et pour ça ils étaient trois. Nous rencontrons aussi l'équipe chargée de poser la dynamite, le matériel est trés rudimentaire, 7 minutes seulement pour s'éloigner après l'allumage. Comment photographier l'humidité qui colle à la peau, le manque d'oxygène qui suffoque, la poussière partout en suspension, l'odeur du minerai qui envahit les narines, les bruits inquiétants: grondement des wagonnets qui roulent péniblement, pierres qui se détachent, eau qui goutte, percussion des outils, respirations haletantes. L'enfer doit ressembler celà...Il y a même el diablo le diable, statue d'argile introduite par les espagnols pour effrayer les indigènes mais dont ils ont détourné le symbole comme bien d'autres de la religion catholique. Maintenant c'est el tio l'oncle, gardien des richesses sous- terraines, il a la pouvoir de décider du sort de ceux qui envahissent son territoire. C'est devenu un dieu protecteur, comme la terre mère, la Pachamama. Alors, tous les vendredis, les mineurs lui apportent des ofrandes: feuilles de coca, cigarettes, et alcool à 90 degrés et le rituel se déroule,immuable: une gorgée d'alcool, une rasade versée sur le pénis de el tio, une rasade versée sur la Pachamama, tout celà en faisant un voeu. Après les mineurs s'enivrent copieusement avec cet alcool de mort. La semaine, avant de rentrer dans la mine, ensemble, ils mâchent la coca qui a le pouvoir de tromper la faim, d'empêcher le sommeil, et de stimuler la résistance physique. Ils ne mangeront pas les 9 heures qu'ils travailleront sous terre. Bien sûr, ils sont devenus leur propre patron, ils ont la liberté de travailler comme ils veulent, ils vendent eux même leur production chaque semaine et ils peuvent gagner le salaire d'un prof mais... la chance n'est pas toujours au rendez-vous pour trouver le bon filon, ils doivent payer leur équipement, la dynamite, les chefs qui coordonnent l'exploitation. Pour gagner quelques sous de plus, ils font l'économie des équipements sécurité, de la mécanisation. Bien peu atteignent l'âge de 65 ans, auquel ils auraient droit à une modeste pension et alors on voit les veuves, les filles creuser les tas de terrils près des mines, essayant d'arracher quelques kilos de précieux minerai qui auraient été oubliés. Et des mineurs bossus ou malades font visiter les mines avec passion. Ce que nous avons vu, ce n'est pas une attraction touristique.Au fond des entrailles de la mine, dans l'enfermement et l' obscurité, c'est une histoire de dignité, de solidarité, c'est l'histoire de mineurs durs comme le métal qu'ils extraient qui luttent pour survivre. P1170420_1_.png P1170462_1_.png P1170443.png P1170459_1_.png P1170466.png P1170419.png P1170456.png

vendredi 4 octobre 2013

La paix,La Paz

Quel choc l'arrivée a La Paz! D' abord, il faut traverser une ville qui s'appelle El Alto, immense qui s'étend sur des kilomètres carrés sur le plateau jusqu'au bord de la falaise. Ici tout bouillone et palpite, cacophonie des bruits, circulation qui semble bloquée et qui d'un coup , par magie devient fluide, boutiques bourrées de marchandises les plus diverses, des gens partout qui se faufilent, s'affairent mais sans stress apparent et les couleurs qui pètent et qui éclatent...Ville qui attire , qui aimante, chaque jour une centaine de familles arrivent de la campagne pour s'y installer, espoir d'une vie meilleure.Ici, contrairememt aux autres villes du monde, les pauvres habitent en haut et les riches en bas. P1170115.png

Arrivés au bord du plateau second choc, visuel cette fois. Un immense cañon s'ouvre . les parois couvertes de maisons qui s'agrippent aux pentes et au fond des buildings, des maisons encore. La descente semble interminable et on arrive enfin en plein coeur de La Paz, ville étonnante qui nous a fascinés par ses contrastes et qui nous a laissés plein d´interrogations.

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IMG_20130930_133112.jpg Nous avons aimé l'ambiance trés "militante", genre année 70 en France, avec stands revendicatifs affiches colorées aux slogans pleins d'espoirs, fresques poétiques et créatives..

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Nous avons assisté á plusieurs manifestations sur la grande avenue "El Prado" qui nous ont passionnées. La première, la présentation par toutes les élèves d'un lycée de leurs projets de l'année.Le thème était la communication et la non violence. Imaginez 150 stands animés par 5 ou 6 élèves qui ont choisi un domaine pour présenter leurs réflexions et leur travail . Tous les grands sujets de société ou culturels étaient abordés, avec une maturité , une réflexion qui nous ont laissés pantois. Les gens se promenaient et allaient visiter les stands qui les interressaient et les élèves devaient développer leur travail. Les professeurs passaient, écoutaient, questionnaient et notaient. Nous avons eu la chance d'assister à l'évaluation des jeunes filles qui avaient axé leur travail sur l´homophobie . Ces éléves avaient 15 ans et leur travail était exceptionnel.Les profs, masculins, qui visiblement n´étaient pas d'accord avec leurs conclusions ( qui défendaient l'idée de revoir la loi) ont essayé de les pousser dans leurs retranchements, évoquant la cultute traditionnelle andine puis la bible! Eh bien, fermement, poliment, elles ne se sont pas laissées démonter, rétorquant point par point et concluant que les hommes étaient , bien plus que les femmes, opposés à une révision de la loi (le culot!) Elles ont eu à peine le moyenne, d'habitude nous sommes trés respectueux des opinions entendues et nous restons discrets mais là , nous n'avons pas pu nous empecher de dire aux profs que le travail de ces jeunes était extraordinaire. En tout cas on a eu le sentiment que l'école jouait pleinement son role.

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Le lendemain , sur le Prado, c'était grande fête populaire , toujours sur le thème des différences et de la non violence, avec plein de jeux éducatifs pour les enfants, des stands d'information, des groupes de musique traditionnelles ou branchées, beaucoup de monde, ume ambiance bonne enfant et tranquille, des bonnes choses à grignoter, c'était tellememt passionnant qu' on n ' a meme pas eu envie d'aller visiter un musée.. IMG_20130930_131521.jpg

P1170129.png IMG_20130930_132706.jpg Et pour finir, on a eu droit à une manif pour le droit à l'avortememt libre et gratuit. Dans le défilé , des jeunes femmes d'allure moderne mais aussi d'autres plus agées et en habits traditionnels.

Quand je vous dis que La Paz, c'est une ville étonnante....

lundi 23 septembre 2013

La fin de l'hiver

Ici c'est la fin de l'hiver.Partout dans les champs, on s'active: labours et semailles. Les outils sont souvent rudimentaires, deux boeufs attelés tirant une charrue faite d'un tronc recourbé muni d'une pointe en fer et maneuvré par un paysan, la paysanne derrière semant à la volée les graines puisées dans sa manta colorée. Quelques rares tracteurs ici ou là troublent le silence. Le vert gagne peu à peu les pentes et partout les oiseaux chantent.

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Plus haut sur l'Altiplano, à 4000mētres, plus de champs cultivés mais d'immenses étendues d'herbes encore bien jaunes, la puna, broutėes par des troupeaux de vaches et de lamas. Les gardiens, enveloppės dans leurs ponchos, écoutent leur transistor d'où s'échappe de la musique, qui au début ne nous a pas paru péruvienne ( la musique péruvienne genre el condor pasa, on l'entend là où il y a des touristes, elle sort d'une quena jouée par un andin morose coiffé d'un bonnet péruvien). Les gardiennes, tricotent avec une dextérité stupéfiante des sortes de leggings aux points extraordinairement compliqués.

Il y a des petites fermes partout, organisées en communautés, certaines ont encore un toit de chaume. IMG_20130920_1301231331296590.jpg IMG_20130920_130027-1922537488.jpg

Les briques d'adobe sèchent aux abords des villages, prêtes à être empilées pour bâtir les murs. Quand la maison est terminée, deux petits taureaux en terre cuite sont disposés sur le toit pour porter chance. IMG_20130920_1318531868146681.jpg

La région nous semble plus pauvre que celles traversées jusque là. Les motos taxi ont fait place aux pousse-pousse mais, de la même façon ils usent et abusent du klakson, on a intėrêt de vite dégager la chaussée! Les cireurs de chaussure ne sont plus là, ni les nombreux magasins de chaussures, ici beaucoup de pieds sont chaussés de sandales fabriquées en pneus recyclés.

Cependant, les marchés restent bien achalandés et animés, les boutiques fort nombreuses et regroupées par famille, il y a le coin des ferreterias ( Michel adore!) ,des plastiquerias, des boticas, des vitrerias et bien d'autres encore...Mais celles qui battent le record, par leur nombre ce sont les boutiques de télėphone portable, impressionant! C'est trés rigolo d'observer des mémées en habits traditionnels et petit chapeau melon, le portable vissé à l'oreille!

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Décidément le Pérou est une terre de contraste.

Au Pérou, beaucoup de chiens semblent abandonnės mais d'autres le soir revêtent un petit manteau! Il est vrai que la nuit tombée, il fait un froid de loup. Mais ce qui nous semble étrange c'est que dans la journée où la température grimpe allēgrement, les gens nous paraissent trés habillés aussi. Pas de bras ni de jambes nus, les dames trės ėtonnėes me regardent dans mes tenues légères et les moins timides me demandent si je n'ai pas froid...Et imaginez les bébés: enveloppės dans la manta ( tissu colorė qui sert à transporter un peu tout) , celle-ci doublée d'une couverture de laine et le chérubin avec bonnet et vêtement de laine ėgalement et rien qui dépasse! Et bien sûr tout péruvien et péruvienne porte un bonnet, chapeau ou casquette, trės divers ( et pas souvent le fameux bonnet du joueur de quena!). Le soir, beaucoup s'enveloppent dans une couverture. Il n'y a de chauffage nulle part, au restaurant personne n'enlēve son manteau, même pas les serveurs...Mais au lac Titicaca, on se baigne dans l'eau qui fait 13 degrés et l'on me dit qu'elle est chaude! Et tous mangent des glaces toute la journée.

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Au Pérou, beaucoup de personnes, le visage recouvert d'un masque, nettoient inlassablement places et rues. Dans les villes, il existe un service de ramassage d'ordures, avec des employés qui poussent une charrette, s'arrêtent à chaque pâté de maisons, faisant tinter la cloche pour prévenir de leur passage et pourtant des ordures partout...Les bords de routes sont jonchés de sacs en plastique, bouteilles, barquettes polystyrène, couches sales?

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Dans chaque bourg, l'entrėe est soignée, la place pimpante et fleurie, on a même le soin de recouvrir les massifs le soir à cause du froid, mais les rues secondaires sont souvent défoncées et d'une saleté repoussante. Au marché les marchandes de fleurs sont nombreuses, ce sont les mêmes fleurs que chez nous et on se demande où elles sont cultivées, il va falloir que l'on se renseigne! J' ai vu des dames enlever soigneusement les fleurs fanées de leurs géraniums qui sont géants, tout en piétinant des cochonneries. Et pourtant, les panneaux, incitant à la propreté et au civisme abondent le long des routes. Mais ce qui nous a le plus indigné, c'est de voir une plage merveilleuse du lac Titicaca, envahie par plus d'une centaine d'élèves , complètement souillée après leur départ.Le lendemain, un monsieur du village ramassait à la main tous les déchets et était bien d'accord avec moi que les professeurs ne faisaient pas leur boulot!!!

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Au Pérou, le nombre de cliniques dentaires et de plaques de dentistes nous semble étonnant et les sourires fil de ferrés des enfants nous saluent bien souvent mais nous ne voyons pas de médecins, encore moins d'ambulance. Et nous voyons trés peu d'enfants et d'adultes avec des lunettes.

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Au Pérou, beaucoup de montagnes sont gravées de grandes inscriptions, chiffres ou dessins, on nous a expliqué que c'est pour honorer des écoles, des partis politiques ou autres...

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Ici dans les montagnes, s'exprime un fort ressentiment contre les espagnols.Les habitants, qui ne veulent pas être appelés indiens, nous expliquent que la colonisation a été un grand malheur et que leur culture a été détruite. Pourtant la religion catholique amenée par ces colonisateurs, est adoptée avec grande ferveur.Les églises ,qui recèlent des trėsors sont très frėquentées, nous avons même assisté à une messe en quechua accompagnėe d'instruments traditionnels. Nous apercevons aussi beaucoup d'ėglises adventistes. L'Espagne a aussi apportė ses corridas avec mise à mort du taureau, spectacle qui semble populaire. IMG_20130922_035400-410893175.jpg

Nous avons encore beaucoup à apprendre et comprendre, ces quelques petites observations se veulent absentes de tout jugement de valeur! En tout cas, ce qui est comme chez nous, entre autres, c'est l'amour du foot ( malheureusement sur ce coup là Michel et moi sommes particulièrement mauvais) , il y a des terrains tout neufs partout et la seconde chose ( et là nous sommes bons) c'est l'amour du bien cuisiner et bien manger...

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mardi 10 septembre 2013

Un peuple en marche

Un peuple en marche... Je ne vais pas vous conter les splendeurs de la Valle Sagrado, ni celles du Machu Pichu.Tout a déjà été écrit et décrit, en termes bien plus choisis que ceux que je pourrais bafouiller ici. P1150955-446690822.png IMG_20130909_050036-1913716070.jpg IMG_20130909_0457581487020171.jpg Ce qui est sûr, c'est l'atmosphère étrange et mystérieuse qui se dégage en ces lieux et que nous ressentons: sérénité, paix...Pour nous, fortement mécréants, c'est un peu bizarre! Tout est calme et reposant. D'ailleurs les baba cool ne s'y sont pas trompés. Pour la première fois au Pérou, nous les avons rencontrés, accoutrés à la péruvienne, sympatiques mais assez ridicules au demeurant! P1160032-1931285360.png IMG_20130909_050138607151805.jpg Les péruviens sont étonnants.Le temps ne semble pas avoir prise sur eux. Nous ne voyons pas de gens pressés, personne ne nous bouscule, aucune impatience ou agressivité à notre ėgard même lorsque nous refusons d'acheter les babioles qu'ils proposent sans insister. Ils adorent échanger quelques mots et chaque conversation se termine par une chaleureuse poignée de mains. Nos oreilles ne sont pas écorchées par les pleurs des bébés: tous enveloppés dans un tissu coloré et portés dans le dos des mamans.Trés petits, nous les devinons ou les apercevons lorsque sans façon, les mamans s'assoient au bord du trottoir pour les faire têter. Plus âgés, leur tête coiffée d' un petit chapeau, leurs yeux noirs en billes de loto nous dévisagent d'un air sérieux: aucun n'a de sucettes ou de doudous. IMG_20130909_041500948048612.jpg IMG_20130909_0404321487020171.jpg IMG_20130909_040620-817924143.jpg Nous rencontrons beaucoup d'écoliers vêtus d'un uniforme impeccable, différent pour chaque école, les filles ont les cheveux tirés et bien coiffés, les garçons portent assez souvent la cravate. C'est un effort financier important pour les familles et un marché juteux pour les fabricants de ces uniformes. Mais pour moi, vieille mais incorrigible instit de maternelle, je trouve ça trés pratique pour les retrouver, surtout pendant les sorties, ils ont tous le même chapeau! J'ai longuement observé ces enfants en voyage scolaire où à la sortie des classes: chahuts bon enfant mais aucune bagarre, étonnant? Ceux qui ne vont pas encore à l'école sont fréquemment gardés par les grands-mères.Sagement assis près d'elles en train de filer, tricoter, garder quelques chèvres ou moutons ,ou vendre des bricoles, leur calme et leur tranquillité me surprend. Peu ont des jouets. Beaucoup d'enfans travaillent après la classe qui se termine tôt: aide à leurs parents, cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, livreurs...Angel, qui nous hébergés à Cuzco, nous a expliqué qu'il fallait abandonne notre vision d'occidental concernant le travail des enfants. Pour les péruviens, ce n'est pas seulement par le jeu que l'enfant développe son intelligence, sa créativité et qu' il grandit mais aussi grâce à ces petits boulots. C'est une fierté de travailler et un honneur et non pas un scandale comme chez nous. Il existe aussi de nombreux centres pour les enfants après la classe pour ne pas les laisser dans la rue. Par exemple Angel travaille dans la journée comme menuisier et le soir dans un de ces centres: il est absent de sa maison de 9h à 22 h.Il nous a informés qu' il existe encore de nombreux abus concernant travail de ces gamins et des cas d'exploitation mais le gouvernement est soucieux d'éradiquer ce problème. En tout cas, un grand effort est fait au Pérou pour l'éducation de la jeunesse, nous le constatons tous les jours. J'ai longuement discuté avec des petits cireurs de chaussures. Ils m'ont bien confirmé aller à l'école jusqu'à 13 h et ensuite ils travaillent pour gagner environ 3 soles par jour, un peu moins d'un euro et quand je leur ai demandé si ils s' achetaient des bonbons, ils m'ont répondu, offusqués et scandalisés que c'était pour acheter du pain. Ils étaient apparemment bien nourris, vêtus correctement et les papas travaillaient dans des mines de cuivre. Je me suis étendue un peu longuement sur le sujet mais la situation des gamins me tient à coeur et j' ai adoré regarder une dizaine de classes d'enfants de tous âges en sortie scolaire jouer au cerf volant et chose rassurante car universelle, j'ai pu constater que les mamans accompagnatrices ne s' occupaient que de leur enfant et pas des autres!!! IMG_20130909_0403421610565244.jpg

P11600641860827124.png P1150855367307792.png Les péruviens sont toujours en mouvement, hommes et femmes s'activent, s'affairent, ça bosse partout, pas de glandus à capuches qui tiennent les murs.Le pays est en plein développement et la croissance en hausse. Malheureusement, comme partout, celà ne profite pas à tous de façon égale, il y a une forte hausse des prix mais les salaires ne suivent pas. Cette modernité s'accompagne, hélas des maux habituels. Par exemple le désert entre Ica et Nazca est sale: personne et pourtant des quantités énormes de sacs et de bouteilles en plastique.La télé est omni présente dans les bars et restaurants.Perdus au milieu des montagnes, nous avons été hébergés dans un petit restaurant. Le soir, pendant de longues heures, les convives ont été scotchés à l'écran. La vulgarité des programmes ouvertement sexuels nous a choqués. De plus ces programmes, comme les pubs , ne présentent que des acteurs complétement étrangers à leur modede vie et à leur look. Dans chaque petite tienda éloignée, la débauche de boissons sucrées, bonbons et cochonneries diverses proposées à la vente au détriment des autres aliments est hallucinante. Beaucoup d'enfants sont en surpoids. Par bonheur, il y a les marchés: colorés, odorants, ils nous offrent piles de fruits et de légumes, stands où nous dégustons les jus de fruits fraîchement pressés, les pains cuits aux fours coloniaux à feu de bois, les dames qui avec de grandes bouilloires servent quantité de breuvages concoctés avec toutes sortes d'herbes de la montagne. IMG_20130909_044238-342803478.jpg IMG_20130909_0432171949805715.jpg

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Les seuls excités rencontrés, ce sont les conducteurs de véhicules, le klaxon facile, ils ne laissent jamais passer les vélos et encore moins les piétons. Je ne sais pas si c'est leur conduite dangereuse où le mauvais état des véhicules mais il doit y avoir de nombreux accidents, le bord des routes est bordé de petits monuments commémoratifs. P1150569-1931285360.png L'optimisme des péruviens nous dope! inscription sur le mur devant notre maison à Cuzco: cuando los dias pintan de gris, sorie de colores! traduction: quand les jours se teintent de gris, souriez en couleurs... P11507511334274399.png

PS: au Pérou, même les chiens sont calmes, aucun ne nous aboie dessus ni nous course, le bonheur, je vais presque les aimer!!!

samedi 31 août 2013

Ah, la bonne soupe!

Nous avons d'abord rencontré le désert. De Ica à Nazca, deux jours et 150 kilomètres sur la panaméricaine avec pour seule compagnie les gros camions qui nous klaxonnent gentiment et les conducteurs qui nous font de grands saluts. Une immense ligne droite au milieu de nulle part, pas de végétation, pas d'animaux, même pas les mouches, au loin de grandes dunes de sable qui nous séparent du Pacifique et puis soudain une gargotte isolée, genre bagdad café , qui nous offre son ombre bienfaisante. Au menu, une mixture à boire qui, aux dires de la pub, soignent tous les maux imaginables! Surréaliste! Nous n'avons pas eu envie d'y goûter et avons pris notre premier nescafé, apparemment au Pérou, c'est seulement sous cette forme qu' on appréciera notre café quotidien. Avant Nazca, nous découvrons, fascinés, les immenses lignes, énigmes dessinées dans ces paysages désertiques et uniquement visibles du ciel. Découvertes il y a une centaine d'années, leur signification fait toujours débat. Elles représentent surtout des animaux dont un lézard de 180 mètres de long, qui, le pauvre, a eu la queue coupée par le tracé de la route. Nous avons laissé les vélos et escaladé un mirador pour voir un peu tout ça, au-dessus de nos têtes tournoyaient les petits avions des touristes fortunés... Et puis nous voilà à Nazca, ville très touristique , c'est écrit dans le guide. Des touristes nous n'en voyons pas, mais nous ne sommes pas beaucoup sortis, un vent de sable terrible noyait tout d'une poussière fine.Ce sable provient d'une immense dune, la plus haute du monde. Du haut de ses 2000 mètres elle borde la ville et fait le paradis des surfeurs. Et puis, il a bien fallu s'arracher au confort du petit hôtel où on se sentait déjà chez nous pour attaquer le plat de résistance, objet de tous les rêves de Michel et de toutes mes angoisses: la montée dans les Andes. Chargés comme des mules, il faut prendre eau et nourriture pour deux jours, nous voilà gaillardement partis. Les camions et les bus se font plus rares mais leur présence nous rassure.Les chauffeurs nous encouragent, certains ralentissent pour éventuellement nous prendre, d'autres nous offrent eau ou oranges. Le premier jour c'est assez facile, la route déploie ses contours tel un serpent ondulant inlassablement de ses anneaux. Le bivouac est le bienvenu, entouré de superbes montagnes , un coucher de soleil de cartes postales, un petit zorro, renard des sables, qui nous fait une petite visite et nous nous endormons sous les étoiles. P1150570.png P1150554.png P1150562.png

Le deuxième jour est déjà plus éprouvant, le souffle commence à se faire court. Les camions souffrent eux aussi. On les entend venir de loin, les moteurs cognent, les vitesses grincent, et toujours le petit coup de klaxon amical. On nous avait dit qu'il y aurait un petit village et quand il se dévoile au bout d'un énième contour c'est joie et soulagement pour tous les deux. Antonia nous accueille dans son restaurant et nous offre un coin pour dormir... dans son cellier.Au milieu des oeufs et des oignons, ce sera parfait, je pourrai même me laver dans ma petite bassine! Elle nous prépare de la nourriture à emporter, nous refaisons le plein d'eau. La suite est plus incertaine, on n'a des informations contradictoires. Il faut grignoter les kilomètres, nous nous arrêtons souvent pour reprendre notre souffle et on commence à mâcher de la coca pour éviter le mal des montagnes. Mais le moral reste au beau fixe au milieu de ses paysages grandioses, paysage qui commence à changer, moins désertique. C'est la puna qui se déploie, avec ses grandes herbes sèches et voilà qu'apparaissent les premières vigognes, elles sont mitraillées telles des stars. Encore un bivouac sous la grêle et la neige fondue cette fois. A 7 heures du soir, enfouis dans les duvets, on lit et on écoute de la musique, miracle de ces petites technologies...On sait que le lendemain on doit franchir ce fameux col dans la réserve des pampas galleras mais je ne le vois pas venir.

 Mais chanceux nous sommes.Il est 9h30, nous n'avons parcouru que seuls 6 malheureux kilomètres et un restaurant nous attend au bord de la route et cette fois c'est Anita qui nous ouvre la porte.Restaurant, c'est un bien grand mot: sol en terre battue, les poules sous les tables, les carcasses de viandes pendues. Mais quand Anita m'a apporté une soupe fumante, bien grasse, avec un morceau de mouton flottant dedans et du quinoa au fond et bien cette soupe je l'ai dévorée et elle m' a fait un bien fou.Les derniers kilomètres jusqu'au col ont ,eux aussi, été avalés sans effort.Nous avons été bien fiers d'avoir réussi! Quand même 5679 mètres de grimpette!

La descente a été de 17 kilomètres et le changement radical: fini le désert, des cultures en terrasse, des torrents, des bergères aux chapeaux ronds, les bébés dans la couverture sur le dos, des vaches, des eucalyptus, on se croirait presque chez nous! mais c'est sur, nous voilà arrivės dans les Andes.

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P1150525_1_.png P1150575_1_.png P1150601_1_.png P1150609_1_.png P1150619_1_.png P1150636_1_.png

P1150611_1_.png P1150602_1_.png P1150631_1_.png P1150645_1_.png P1150646_1_.png P1150654_1_.png

vendredi 23 août 2013

petites touches de Lima

Petites touches de Lima Nous voilà sur un nouveau continent et ce matin, sitôt le seuil de notre petit hôtel franchi, nous avons vite été saisis et emportés par une myriade de surprises et d'émotion. Déjà, ce petit hôtel est étonnant. Ancienne demeure coloniale, il se cache derrière une lourde porte de bois , ne laissant deviner de ses splendeurs passées, qu'un magnifique balcon de bois sculpté de style mauresque, typique des vieilles demeures de Lima. Se dévoile alors un patio agrémenté de statues de style romain, de tableaux et de vieilles photos, les chambres se dissimulent dans mille recoins et étages, tout en haut de ce labyrinthe une terrasse ombragée où un paon nous ignore superbement. P1150471.png P1150472.png P1150469.png I La première sensation, c'est la couleure crayeuse du ciel, nous ne verrons pas le soleil de toute la journée. La guarùa, brume de mer, empêche les rayons de passer et enveloppe tout d'une humidité un peu collante. Nous sommes frigorifiės et nous remettons pantalon, chaussettes et doudoune. Pourtant la température est de 18 degrès, il faut qu'on s'habitue après les 40 degrés de l'Espagne! I P1150463.png Le deuxième choc, la circulation. Ici, on conduit au klaxon et celà s'entend. Dans les embouteillages nous voyons des centaines de taxis et très peu de voitures individuelles, essentiellement très grosses rutilantes et aux vitres teintées. Des petits bus encombrent aussi les rues, brinquebalants, un cobrador accroché à la portière qui hurle la destination et vend les tickets. Des policiers, qui sont souvent des femmes, s'époumonnent à siffler dans leur sifflet, ajoutant un peu plus de cacophonie et moulinent des bras pour nous faire traverser. P1150482.png P1150470.png

Nous partons à la découverte du quartier historique, là où se trouve le palais présidentiel sur la Plaza de Armas, coeur de la ville ancienne. On dit que c'est là que Francisco Pizzaro, le conquérant, traça avec sa rapière un damier dessinant les rues. De nos jours encore, les rues se croisent à angles droits, un peu comme dans nos bastides de Sud Ouest et les gens parlent en blocs pour indiquer une adresse et n'utilisent pas les noms de rue qui semblent un peu fantaisistes. Eh bien sûr tous les édifices que l'on admire aujourd'hui ont étė bâtis sur les ruines des demeures des chefs et des temples incas, comme on le dit aujourd'hui c'est de bonne guerre...Les couleurs des façades, dans les tons de jaune ėgayent l'atmosphēre. Nous allons assister à la relēve de la garde, majestueuse et désuète, accompagnée de l'orchestre. Une foule nombreuse se presse pour admirer ce spectacle,en particulier des classes d'élèves de la maternelle aux collėgiens. Et je vois avec plaisir que, malgré la distance gėographique, les comportements sont semblables. Les ados chahutent, n'écoutent pas, les garçons n'ont qu'une hâte, celle de s'acheter une glace! les filles bras dessus-dessous gloussent comme des pintades! Et moi j'observe avec nostalgie les petits de la maternelle, en uniforme eux aussi, ignorer royalement les militaires et préférant gratter la terre, se chamailler et chouiner. Et je souris, lorsque je vois la maitresse qui les compte et les recompte.Ici, l'ėcole est à deux vitesses, les enfants qui sont là, pimpants, fréquentent certainement une ėcole privėe. Les écoles publiques sont surpeuplées, avec un enseignement mėdiocre et les enseignants, trés mal payés ont un deuxième emploi. P1150389.png P1150417.png P1150382.png P1150431.png

Nous poursuivons au hasard notre dėambulation, nous sommes quasiment les seuls touristes mais nous nous sentons en sécurité. Les policiers, militaires, vigiles et agents sont omniprėsents. Et lorsque nous nous aventurerons de l'autre côtė du Rimac, le fleuve, une passante nous dėconseillera fermement de continuer. Il faut dire que plus loin, sur les pentes de la montagne, les bidonvilles étalent leur couleurs pétantes mais surtout leurmisère. C'est aussi un choc, de voir se cotoyer, tant de richesse et tant de pauvreté. Les magasins, modernes offrent les mêmes enseignes que chez nous et quasiment les mêmes prix, ce qui nous surprend, connaissant le revenu moyen d'un pėruvien. Et sur les trottoirs ou se faufilant dans la circulation démente, des dizaines de vendeurs ambulants de tout âge: celà va des frites toutes épluchées et prêtes ã cuire, aux fruits, chips maison, maïs et pop corn, gâteaux, petits pâtés et aussi flans que Michel s'empresse de goûter, ils s'avèrent délicieux. Partout des petits ateliers, une rue entièrement occupé par des imprimeries, des conditions de travail difficiles, des livreurs à bras, des cireurs de chaussure, des rémouleurs... P1150481.png P1150467.png P1150480.png P1150455.png P1150441.png

Nous ne visiterons ni musée, ni église, préférant les surprises du hasard. Mais, vous nous connaissez...nous n'avons pas rėsisté à la visite de la casa gastronomica del Peru, où nous avons appris des tas de choses intéressantes sur les cultures traditionnelles andines comme l'importance du quinoa et des papas ( les pommes de terre, savez vous que leur forme désydratée, ancêtre de notre purėe mousseline, a été inventėe par les incas?). Tout celà nous a donné faim et nous allons goûter à cette cuisine réputée dans un restaurant un peu chic. Je vais goûter au plat traditionnel d'ici: ceviche de poisson et coquille Saint Jacques, crus et marinės dans citron, coriandre et piment, accompagnė de patates douces.Pour Michel, ce sera tuca tuca: poison pané accompagné d'un mélange riz haricots blancs. La veille nous avons fait plus populaire: pollo a la brasa et fritas, autre spécialité consommée en trēs grande quantité. P1150465.png Puis nous sommes rentrés, le décalage horaire se faisant sentir.Nous avons traversé de nouveau la Plaza, trēs animée le soir, familles avec les petits qui portent des bonnets à oreilles de chat, identiques à celui que j'avais petite, amoureux, on voit de nombreux couples qui se manifestent de la tendresse, atmosphère paisible. P1150486.png Demain nous quittons Lima en bus pour Ica plus au Sud. Il faudra remonter les vélos et se lancer à l'assaut de l'Altiplano. Nous n' avons eu qu'une petite vision de Lima et nos observations sont forcément anecdotiques et subjectives, nous avons hâte de nous frotter à l'inconnu et découvrir, rencontrer encore et encore....

jeudi 8 août 2013

de ponts en ponts et de rives en rives

Du pont Valentré, Cahors, Lot,1355, au pont du 25 avril, Lisbonne, Tage, 1965 nous avons cheminé, traversant fleuves et rivières, parcourant plaines verdoyantes et plateaux arides, escaladant péniblement collines et montagnes , franchissant une mer et au bout de cette longue route nous avons effleuré lo cabo de la roca' point le plus occidental de notre vieux continent ( n'en déplaise à nos amis bretons!), là où la terre finit et la mer commence, comme l'a écrit un poète. P1140949.png

Du haut des falaises escarpėes, nous avons contemplé l'océan et scruté l'horizon, laissant vagabonder notre imagination sur l'ailleurs qui nous attend, falaises escarpées dernière halte avant un autre chose. P1140847.png

Nous imaginons le courage insensé qu'il a fallu à ces grands navigateurs portugais pour se lancer à l'assaut des ces déferlantes vers un inconnu dont il n'avait aucune image, observant cette terre natale qui s'effaçait peu à peu et qu'ils pensaient sans doute ne pas revoir.C'était l' âge d'or des grandes découvertes et le début d' un immense empire colonial pillé par les puissants. A Lisbonne, les églises ruissellent d'or.... P1140864.png

C'est aujourd'hui le paradis des surfeurs, au loin plus une seule caravelle pour animer l'horizon. Mais le soleil joue toujours sur les vagues, soleil couchant qui fait bouilloner l'océan comme l'ont décrit les romains et nous ne nous lasserons pas de le regarder disparaitre le soir venu. P1140849.png P1140839.png

Nous avons retrouvé Lisbonne, Ollosipo, Ulysse, découverte il y a 15 ans déjà, l'été de notre mariage. Nous avons eu cette fois le plaisir de partager de longues déambulations avec Gaspard et Coralie nos enfants venus nous retrouver. P1140944.png

Lisbonne tournée vers son fleuve, la mer de paille, Lisbonne dernier recours pour ceux qui fuyaient les totalitarismes à une vilaine époque, Lisbonne aux 7 collines, aux rues enchevêtrées, tortueuses et pavées, aux quartiers possédant chacun leur âme et leurs spécificités: L'Alfama, le plus ancien avec ses becos très pentus, ses bars où on boit la ginginha, délicieuse liqueur de cerise, et ses échoppes minuscules, pourtant bien achalandées, son tramway N 28, mythique lancé à l'assaut des ruelles , négociant virages serrés en épingle à cheveux, au ras des façades et dans lequel sévissent les picpokets, Michel a failli en faire les frais!

P1140915.png| P1140965.png P1140976.png

La Baixa, quartier bas, le seul plat, aux rues quadrillées, parce que il a été entièrement reconstruit après le terrible tremblement de terre et le raz de marée de 1755, catastrophe qui avait frappé les esprits de l'Europe entière.C'est maintenant le royaume des boutiques,des restaurants et des touristes. P1140917.png P1140922.png

Le Bairro Alto où nous logeons, petites ruelles et paradis des noctambules qui , un verre à la main s'épandent de bar en tavernes et devisent jusqu'à point d'heure.Des airs de fado s'échappent çà et là mais il parait que c'est du fado pour touriste et que pour le vrai il faut rentrer dans les secrets des connaisseurs. P1150009.png P1140942635228973.png

Belém, le port qui a vu partir les caravelles majestueuses et pleines de promesses et où l'on déguste les meilleures pasteis de natas de la ville depuis 1837. P1140880.png P1140873.png

Le Chiado, quartier chic et intello où nous avons dîner et petit déjeuner de façon divine, on se remettra aux tomates jambon bientôt!!! P1150092.png ' P1150085-1717105792.png Le quartier des nations, bâti pour l'exposition universelle en 1998, aux bâtiments futuristes qui a réussi une reconversion intelligente , poumon d'air et de verdure pour les lisboètes. P1150043.png P1150073.png

Lisbonne tellement vivante qui n'est pas devenue une ville musée, où tous les habitants sont encore présents , aux façades recouvertes d'azulejos, aux bâtiments délabrés mais aux multiples chantiers, nous y reviendrons encore... P1140936.png

P1140934.png Nous allons quitter le Portugal qui nous a si bien accueillis, nous reviendrons à une autre saison car il fait chaud! L'Espagne va voir notre retour et Madrid nous attend....

mercredi 24 juillet 2013

Un petit air d'accordéon...portugais!

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Dimanche 21 juillet, nous pédalons au milieu des forêts d'eucalyptus, de mimosas, de pins et de chênes-liège, quelques chataigners aussi. Des écharpes de brume nous enveloppent, atmosphère moite, presque un matin d'été en Bretagne, fraîcheur bienfaisante après les jours derniers, torrides. Vallées profondes, villages accrochés aux pentes partout où le regard nous emporte.Toits de tuiles rouges à quatre pans des maisons ancestrales ou récentes bâties par ceux,qui sont partis un jour à la recherche d'un avenir possible et rêvé et qui sont revenus, modeste pécule en poche, retrouver leurs racines et faire refleurir leurs villages. Maisons de granit, gros blocs de pierres taillées, sombres, du costaud fait pour durer. Ici on sait encore tailler la pierre. Dans les bourgades traversées, les routes pavées nous meurtrissent les fesses et font trépider les machines, même les abribus sont bâtis en granit, impossible à vandaliser! A l'assaut d'autres pentes des oliviers, des vignes qui dévalent les collines et qui donneront bientôt le "vinho verde" un cru vif qui agace un peu les dents. P1140614.JPG

Nous pédalons tranquillement dans le petit matin, nous venons de pénétrer dans le Minho, région au Nord du Portugal. les rares voitures sont très attentives et respectueuses de nos montures.

Partout ricochant de pente en pente, se répondant en écho, résonnant joliment, des bribes de musique, les tintement des cloche, des chants populaires ou religieux, . Les portes des églises ont du rester ouvertes pour accueillir les retardataires ou faire s'envoler les cantiques... parfois un air d'accordéon, le son d'une flûte ou les coups sourds d'un tambour. Notre journée sera égayée par tous ces sons qui surgissent au détour du chemin et donnent un petit air de fête au paysage. Incroyable comme les portugais aiment la musique, aiment chanter et danser! P1140586.JPG P1140568.JPG P1140570.JPG P1140590.JPG

L'image de l'immigrant, "o migrante" , notre première image, une statue à la frontière. Nous venons de pénétrer dans le "Tras os Montes", le pays au-delà des monts, à la beauté sauvage, montagneux, resté à l'écart du reste du Portugal. Tellement isolé que les traditions héritées des celtes y sont encore bien vivantes à travers des festivités bien paĩennes. Région où se sont réfugiés des juifs lors de l'inquisition et qui ont continué à pratiquer secrètement leur religion, fait qui n'a été découvert que récemment. Région de solide hospitalité:"entre quem é", entre qui que tu sois... P1140502.JPG

Nous y avons rencontré José et Candida, portugais immigrés. José était occupé à placer des dalles de granit sur la façade de sa maison quand nous sommes passés. " Vous vous êtes trompés, le tour de France, ce n'est pas par là, arrêtez vous boire le café!" La proposition ne pouvait se refuser, nous venions de grimper 300 mètres, c'était notre premère journée en terre portugaise! Le café bu, les tartines avalées, le deuxième café bu, l'eau de vie goûtée il n'était plus question de partir, il fallait rester manger à midi. Un autre José mais Batista celui-là, immigré lui aussi, fut appelé à la rescousse pour nous faire visiter le village. Mais il nous demanda de patienter, il allait se changer et se raser. Bien vite revenu, fleurant bon l'after- shave , il nous a fait découvrir son village, l'histoire de chaque maison, de chaque famille partie travailler en France, l'église magnifique financée par de riches brésiliens, puis le bistrot où on nous a offert un porto sorti de derrière les fagots. Quand nous sommes revenus, les sardines grillées à point, la salade, les frites , un bon repas préparés par Candida et Herminda nous attendait, tout celà arrosé au champagne et au vin de leur production. Après ce repas copieux, ils nous ont fait constaté, qu'une chaleur d'enfer régnait et que ce serait folie de repartir. Ils nous ont sommés de faire la sieste , ont mis Arte en français pour nous aider à dormir, très efficace d'ailleurs!!!

A 18 heures la température était un peu plus clémente, nous voilà embarqués sur le tracteur pour aller voir les jardins. Puis nous avons fait honneur au "bacalhau a Gomes Sà", morue, pommes de terre, oeufs durs huile d'olive et oignons, puis au flan à la cannelle. La soirée s'est terminée par une partie de belote endiablée. P1140521.JPG P1140526.JPG P1140530.JPG P1140534.JPG P1140558.JPG

Les conversations ont été bien intéressantes: l'immigration, la vie à cheval entre deux pays, les enfants qui construisent leur vie en France, les maisons fermées qui ne respirent que le temps d'un été, les champs d'olivier abandonnés, toute une culture qui se meurt. Pourtant, ce pays nous a semblé un pays de cocagne: jardins luxuriants, tous les arbres fruitiers possibles, oliviers, vigne, chataigners, des sources. L'hémorragie de la population due à l'immigration a été ici énorme... Quelle fierté pour José, José Batista, Candida, Herminda de nous faire découvrir une partie de leur identité et de leurs racines et quel plaisir de voir que nous apprécions ce qu'ils nous offrent.

Nous avons eu du mal à repartir... Nous ne comprenons rien à la langue portugaise parlée.Mais nous avons vite compris que celà n'avait pas d'importance. Tous les jours des portugais s'adressent spontanément à nous en français pour nous saluer, nous proposer leur aide, ou faire la conversation. A tel point que l'on n'ose plus s'adresser à quelqu'un en employant notre "sabir" franco anglais espagnol doublé de mimiques et gestes divers:Hier dans un magasin, j'essayais de demander deux tranches de jambon en employant ce sabir. La jeune vendeuse avec un sourire narquois m' a dit:" le jambon, vous le voulez fumé ou blanc? et les tranches fines ou épaisses?" j'ai eu l'air un peu bête!

Nous aimons le Portugal du Nord qui nous étonne, nous surprend et nous fait réviser bien d'idées reçues emportées dans les sacoches...

vendredi 12 juillet 2013

Nous n'irons pas à Santiago

Nous n'irons pas à Santiago.

Notre traversée de l'Espagne nous a conduits sur des voies de passage millénaires et immémoriales. Bien avant l'évangélisation de l'Espagne, elles furent empruntées par nos ancêtres les plus lointains. Chaque culture a ajouté sa pierre et son empreinte à la précédente. Pourquoi ces tracés et ces chemins...force mystérieuse qui tel un fleuve impétueux a emporté, aspiré des milliers d'êtres humains en marche vers un ailleurs, vers l'inconnu. P1140026.JPG

Nous avons d'abord mis nos roues sur "el camino del Ebro", chemin suivi par les pélerins qui arrivaient de la Méditerranée et qui ne faisaient qu'utiliser la voie tracée par les romains. De Lleida, en passant par la merveilleuse ville de Zaragoza, nous sommes arrivés à Logroño. Ce chemin là était déserté par les pélerins, nous n'en avons croisé aucun mais il a provoqué de belles rencontres. Rencontres "ordinaires" mais tellement pleines de simplicité et de chaleur. A Zaragoza Ramon et Nuria, nous ont spontanément et avec confiance ouvert leurs coeurs et leur maison alors que nous étions en déroute à 21h30 sans trop savoir oú dormir! Nous avons longé ce grand fleuve, admirant les centaines de cigognes, découvrant l'étonnante région des Bardeňas aux couleurs d'ocre, traversé des paysages arides aux rares villages.

Arrivés à Logroño, l'ambiance a changé. C 'est ici que passe le célèbre "camino frances " arrivant des Pyrénées. Les pélerins envahissent les rues et l'on a vite comprix qu'il fallait se munir du précieux "crédencial" pour pouvoir accèder aux hébergements. J'ai envoyé Michel en éclaireur auprès des autorités éclésiastiques pour l'obtenir ayant quelques difficutés de ce côté là , même si mon frère Serge me dit: un coup de goupillon n'a jamais tué personne!

Notre précieux sésame en poche, nous voilà pélerins à notre tour, au milieu des autres.D'abord acquérir le vocabulaire: peregrino, romero, crédencial, iglesia, albergue, camíno ( avec accent tonique sur le i et pas sur le o, sinon, vous êtes immédiatement reconnus comme français). Les pélerins, grande diversité: de toutes tailles et gabarits, de tout âge, seuls, en groupe, en famille, de toutes les couleurs mais aucun noir?, à pieds, à cheval, en vélos, bien ou trés mal équipés, en forme mais souvent trés fatigués, claudiquant, boittant, les mollets à vifs brûlés par le soleil. Certains avec la panoplie: la coquille plus ou moins grosse, parfois deux ( peut être le tintinabullement aide à marcher!) , le bâton et le grand chapeau, d'autres choses plus étonnantes: le transistor accroché à la ceinture ( Pour écouter le tour de France?), la guitare dans le dos, les doudous ou grigris accrochés au sac et même le grand drapeau ( ça peut servir de pareo), certains joyeux, d'autres bien sombres.... J'ai l'air de me moquer mais nous aussi ne passons pas inaperçus avec notre chargement démesuré! Regards interrogatifs et remarques curieuses nous interpellent! P1140033.JPG P1140049.JPG

Les hola ont disparu, remplacés par les bon camino lancés par tous les tons du plus gai, en passant par le plus mécanique ou le plus marmonné: le premier jour j'ai même compris'' bocadillo( sandwich)", j'ai cru que le pauvre homme avait faim!!

Et ce flot ininterrompu qui coule....même plus la peine de chercher notre chemin, le balisage est omniprésent....plusieurs fois, nous nous échappons et prenons des chemins de traverse mais il y a toujours une bonne âme pour vouloir nous ramener dans la bonne direction.

Nous nous interrogeons sur ce phénomène, alors nous questionnons Orietta qui nous reçoit chaleureusement dans son auberge: pourquoi un tel engouement? La redécouverte et la renaissance de ce pélerinage est récente et a été fortement initié par l'Église et les autorités politiques de la Galice ont vu là une occasion de donner un élan économique à une région qui en avait bien besoin. Ce qui est extraordinaire, c'est l'ampleur mondiale qu' il a pris si rapidement: mode, besoin de spiriualité, ferveur religieuse, dėfi sportif...mais plus que celà comme si cette force millénaire s'était réveillée.

Mais nous n'avons pas été envoûtés par ce magnétisme.Notre projet est autre et avons le sentiment de jouer les intrus, surtout avec les vélos. Il s' ajoute un diffus sentiment de malaise au fur et à mesure que l'on s'approche de Santiago: le côté << business>> s'accroit , baraques à souvenirs où on peut même acheter déguisement et accessoires du parfait pélerin, démarchage pour aller dans telle auberge, contacts moins sincères et spontanés....L'esprit du chemin semble bien loin. P1140138.JPG P1140134.JPG

Cependant, nous sommes trés conscients de l'enjeu économique et que grâce à ce succès des dizaines de personnes peuvent vivre! Surtout, surtout, je m'incline avec un immense respect devant les pélerins qui accomplissent ce périple, sur leur volonté et leur ténacité. Le cheminde Saint Jacques, nous en avons parcouru de grandes portions en France: chemins verdoyants, changeants, douceur des paysages...la France est un jardin! oubliez tout ça en Espagne: grands plateaux sous un soleil de plomb, lignes droites interminables, le regard arrêté par rien, pas d'ombre bienfaisante,des côtes courtes mais redoutables, de la poussière.. le mot solitude prend ici tout son sens, à mes yeux c'est d'ascèse qu'il s'agit. Je n' en serais pas capable. Alors ces pélerins qui vont jusqu'au bout à pieds, je les salue bien bas et leur souhaite un<< bon camino>> des plus sincères et admiratifs.

Par bonheur, il y les villages traversés, les fontaines d'eau fraîche, les bancs à l'ombre, les merveilles architecturales à foison, les échanges cordiaux, les conversations dans toutes les langues... Demain, nous quitterons le chemin pour une route plus au sud qui nous emmènera à Salamanca dont on nous vante la beauté... Après ce sera le Portugal... Hasta luego! P1140105.JPG P1140095.JPG P1140096.JPG P1140097.JPG P1140099.JPG

mercredi 3 juillet 2013

Hospitalité

Après le désert corse et le calme sarde, nous avons été propulsés dans la trépidante Barcelone! Arrivés un vendredi soir à 19h30, la sortie du bateau a été un choc: circulation démentielle, klaxons, flots de usique, embouteillages monstres, policiers sifflants, piétons pressés ou non plein les trottoirs, nous avions oublié l 'agitation du monde! Par bonheur nous étions attendus par Ruben, il n'avait pas pu venir nous attendre au port mais pour une fois le GPS de Michel nous a conduit à bon port. Il faut vous dire que certaines fins d'après midi le GPS de Michel et la carte de Régine ne font plus bon ménage, ce soir là il a été gagnant!Ruben nous attendait: appartement de célibataire.... il nous a offert une chambre, magnifique terrasse avec vue sur Barcelonne et le dimanche il nous a conduit à la gare de bonne heure alors que c'était son jour de repos. Ruben est boulanger... Un train nous a emmené à Lleida puis 20 km à pédaler dans la campagne pour arriver Chez Pep. Là, au milieu des vergers nous attenndait une famille extraordinaire : Pep, Yolanda et leurs enfants, Marcel et Clara.Ils possèdent cette ferme , cultivent un grand et beau jardin, ont des animaux. Autrefois Pep était paysan, aujourd'hui la terre ne fait plus vivre son homme. Alors Pep a pris un magasin de rideaux à la ville, Yolanda est professeur d'anglais à l'école primaire. Ils habitent en ville et viennent ici le soir, les week-end.Ils nous ont reçus avec une humanité rare. Nous nous sommes tout de suite sentis bien en ce lieu avec eux. Pudiquement, ils ont évoqué la crise qui les touche douloureusement. Plus possible de voyager pour eux, ils se consolent en accueillant les voyageurs.Vers 20 heures ils se sont préparés à partir après nous avoir cueillis tomates, haricots, oignons, salades, ramassé des oeufs. Nous n'avions pas compris qu'ils nous laissaient leur maison! nous avons passé une soirée et une nuit des plus sereines. Les draps étaient frais et sentaient bons, aucun bruit, le chant du coq nous a réveillés.Nous avons eu du mal à repartir le lendemain laissant la clef dans la cachette que nous avait indiqué Yolanda d'un petit air conspirateur. Tant de confiance pour des inconnus... Ce soir nous serons chez Mikel et Laura à Zaragosse . De nouvelles rencontres, des conseils, des conversations. du confort...L'hospitalité, nous l'oublions souvent, refaisons la fleurir! P1130777.JPG P1130783.JPG P1130788.JPG P1130802.JPG DSCF5435.JPG DSCF5442.JPG

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jeudi 27 juin 2013

Sardegna si, Sardegna no, benvenuti in Sardegna

650 km parcourus en Sardaigne, la distance est modeste mais quand même 9000 mètres de dénivelés, les côtes ont été rudes.. . Vendredi un bateau va nous faire traverser la grande bleue de Porto Torres à Barcelone et nous laisserons cette terre avec regrets. Deux semaines, c'est bien court, nous n'avons qu 'effleuré cette île si contrastée et si singulière dont il nous reste tant à découvrir.

J'ai aimé les villes et les villages :

  • Santa Theresa di Gallura à une poignée de kilomètres de Bonifacio et pourtant un autre pays déjà : maisons très colorées et gaies après l'austérité corse, douceur de vivre et nonchalance à l'italienne aux terrasses de bistrots, conversations sonores et gestuelles...
  • Nuoro au cœur de la Barbagia autrefois Barbaria, ainsi nommée par les romains, suite à leurs tentatives infructueuses pour la dominer. La contrée est toujours restée sauvage et imperméable à toutes les influences de ceux qui ont dominé l'île au cours des siècles. Nuoro, grande ville où l'élégance des gens est étonnante : robes habillées, talons et bijoux, pantalons à plis repassés, chemisettes sont de sortie. D'ailleurs on dit ici qu'une personne en short, c'est un touriste !
  • Orgosolo patrie du banditisme, véritable musée à ciel ouvert. Simultanément à un mouvement de contestation dans les années 1970, les façades se sont couvertes de fresques, revendications politiques, sociales, satyres, actualités du monde. Cette manière de s 'exprimer est restée très vivante et a essaimé dans tous les villages de la région, reflétant les préoccupations des habitants ou illustrant des scènes de la vie rurale. Ce sont de magnifiques œuvres d'art.

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  • Fonni gros village montagnard à 1000 mètres, étrangement familier, « un vautour au repos » dixit une célèbre auteure sarde, porte d'entrée pour le « Supramonte » haut massif calcaire très sauvage et peu peuplé, refuge pour les mouflons, les aigles royaux et les vautours griffons.

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  • Santu Lissurgiu, célèbre pour ses couteaux sardes, la seule ville ou village où nous n ' avons pas grimpé pour y arriver ! En effet elle est construite dans le cratère d'un volcan. Nous avons sagement laissé les vélos en haut pour la visiter.
  • Bosa proche de la mer, ses maisons ventrues aux couleurs qui claquent et qui grimpent à l'assaut de la colline, les ruelles si étroites qu' en étendant les bras , on peut presque toucher les murs de chaque côté, seuls les « piaggo » s'y faufilent.

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  • Algherro, ses faux airs de Saint Malo avec les remparts, le vent fou qui soulève les jupes et défait les chignons, la mer aux tons turquoises qui moutonne et bat les rochers. Nous venions y jouer les touristes et renouer avec plage, parasol et crème à bronzer. La météo ne nous a pas comblés... sur la plage ne déambulaient que les vendeurs de pacotille qui inlassablement proposaient leur bimbeloterie aux rares baigneurs.

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J'ai aimé l'accueil des sardes loin des centres touristiques ,dans la campagne et les montagnes. De prime abord, fiers et méfiants, ils nous ignorent superbement. Mais lorsqu'ils comprennent que nous sommes français et en réponse à nos petits mots : Buongiorno, scuzi, per favore, dove si trova il supermercado, il bar, la panetteria, grazie, ils se montrent très amicaux et curieux de notre voyage. Ils nous ont offert essais de conversations, gâteaux, boissons... Et de façon surprenante, ce sont surtout les personnes âgées et les vielles femmes qui se montrent les plus amicales, certainement nos cheveux blancs y sont pour quelque chose !!

J'ai aimé les routes superbes, à l'asphalte bien lisse, peu de voitures, des conducteurs respectueux, les petits coups de klaxon qu'on ne sentait pas excités.

Je n'ai pas aimé , j'ai même haĩ la façon dont tous les champs sont clôturés, fermés, cadenassés par murets, barrières, barbelés , épines , souvent tout à la fois. Je sais qu' il y a des raisons historiques à cet état de fait mais ces clôtures arrivent à ras les routes, pas moyen de s'arrêter pour pique-niquer,même faire pipi devient problématique!!! le pire est que tous les chemins d'accès à l'eau ; ruisseaux, rivières sont fermés aussi. Demander un renseignement dans une ferme devient vite compliqué, elles sont au fond de leur terrain loin du portail. Nous avons eu de grandes difficultés à trouver bivouacs , eau quand nous ne trouvions pas de fontaines ( pas de camping à l'intérieur ). Il fallait souhaiter rencontrer un être humain hors de son bunker et alors il nous rendait gentiment service. Le seul point positif à cet état de fait est que tous les chiens sont enfermés !!!!

Nous quittons la Sardaigne avec nostalgie. Nous n'avons pas visité ses nombreux sites historiques en particulier les « nuraghi » témoignages d'une civilisation encore mystérieuse, il faudra revenir.

Notre dernier soir, nous avons bivouaqué dans un site extraordinaire : une plage que pour nous, de l'eau douce, un coucher de soleil, le rêve........ DSCF5333.JPG DSCF5356.JPG DSCF5360.JPG P1130665.JPG

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